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CASE REPORT / CAS CLINIQUE
 
L’ACTINOMYCOSE CÉRÉBRALE

CEREBRAL ACTINOMYCOSIS


  1. Service de neuroradiologie, Rabat, Royaume du Maroc

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RESUME

L’actinomycose est une maladie infectieuse qui touche les régions cervico-faciale, abdominales et thoraciques. L’atteinte cérébrale est inhabituelle puisqu’elle est rencontrée dans moins de 2,8% des cas.

L’imagerie joue un rôle important dans le diagnostic topographique et différentiel et oriente l’abord chirurgical pour un examen anatomo-pathologique.

Nous rapportons l’observation d’un patient âgé de 45 ans ayant présenté des crises comitiales grand mal 8 ans après un traumatisme crânien. Le scanner et l’IRM ont montré un processus lésionnel frontal droit hétérogène avec une composante kystique et multiloculée, en regard d’un defect osseux. Le diagnostic d’une actinomycose cérébrale a été confirmé par l’étude histologique. Le patient a bénéficié d’une ablation chirurgicale avec une antibiothérapie.

Mots clés : Actinomycose, Abcès cérébral, Scanner, IRM


ABSTRACT

Actinomycosis is a saprophytic infection. The most frequent sites are the cervico-oro-facial area, the abdomen and lungs. Central nervous system involvement in an actinomycotic infection is uncommon, it does not seem to exceed 2, 8% of cases.

Radiological procedures are of great help in locating the lesion and delineating its relationships with the surrounding structures. Diagnosis is based on the laboratory evidence. We report the case of a 45 years old patient, who had seizures eight years after head traumatism. The CT scan and MRI showed an heterogeneous frontal lesion with cystic posterior part and multilocular anterior component, associated to a bone defect. The diagnosis of cerebral actinomycosis was confirmed by the histological study.The patient had a surgical ablation and antibiotherapy.

Keywords: Actinomycosis, Intracerebral abscess, CT scan, MRI

INTRODUCTION

L’actinomycose est une maladie infectieuse suppurative chronique d’évolution lente déterminée par des microorganismes filamenteux de nature bactérienne appelés actinomycètes. Elle touche essentiellement les régions cervico-faciale, abdominales et thoraciques (7-3) L’atteinte cérébrale est inhabituelle puisqu’elle est rencontrée dans moins de 2.8% des cas (3) Les auteurs rapportent un cas d’actinomycose cérébrale survenu 8 ans après un traumatisme crânien.

OBSERVATION

Patient âgé de 45 ans hospitalisé au décours de crises comitiales grand mal. Dans ses antécédents nous avons retrouvé la notion d’un traumatisme crânien remontant à 8 ans. A l’examen le patient est conscient sans déficit neurologique présentant les signes d’hypertension intracrânienne dans un contexte d’apyrexie. Un scanner demandé en urgence révèle la présence d’un processus lésionnel frontal droit hétérogène avec une composante postérieure kystique hypodense et une composante antérieure multiloculée spontanément hyperdense (fig 1) rehaussée en couronne après injection de produit de contraste (fig 2). Ce processus est entouré d’un important œdème cérébral avec effet de masse sur les structures avoisinantes et un engagement sous falcoriel. La fenêtre osseuse montre un défect de la voûte au contact de la composante charnue (fig 3). A l’IRM, la composante antérieure est d’aspect multivésiculaire avec un centre en isosignal en T1 cerné d’une paroi épaisse et régulière vide de signal (fig4 a). En séquences pondérées T2, la couronne est toujours vide de signal et le contenu est en iso signal au centre et en hypersignal modéré en périphérie mieux visible en séquence de densité protonique (fig 5 a- 5b). La composante kystique est bien limitée avec un aspect cloisonné et entouré d’un important œdème. Ce processus occupe la région fronto-pariétale. L’injection de gadolinium n’a pas été réalisée. Le bilan biologique montre une hyperleucocytose. L’échographie abdominale et la radiographie pulmonaire sont normales. L’intervention chirurgicale par volet frontal trouve une perte de la substance avec un aspect multi vésiculaire de la lésion avec issue de pus franc et de multiples granulations à l’ouverture des vésicules. L’examen bactériologique révèle un staphylocoque blanc à la culture du pus et l’histologie est en faveur d’une actinomycose. Le patient est mis sous pénicilline G à forte dose pendant 4 mois avec une bonne évolution.

DISCUSSION

L’actinomycose est une pathologie peu fréquente, trois formes sont habituellement individualisées : cevico-faciale la plus fréquente (55% des cas), thoracique (15 à 45%) et abdomino-pelvienne (15 %) (7-3). L’atteinte cérébrale au cours de l’actinomycose reste une localisation rare (6), le premier cas a été décrit par Ponfick en 1882 (4). Une prédominance masculine a été rapportée (1). Les manifestations cliniques sont en fonction de la topographie et la taille de la lésion. Il s’agit le plus souvent d’abcès hémisphérique unique ou multiple ou une méningite. D’autres formes peuvent se voir comme : l’abcès épidural, l’empyème sous dural ou l’ostéomyélite de la voûte (11). L’intervalle libre entre l’apparition des symptômes et le diagnostic est d’environ 2 mois. La biologie n’est pas spécifique, une hyperleucocytose peut être rencontrée. L’étude de LCR peut orienter le diagnostic vers une méningite infectieuse non spécifique en montrant une hyperleucocytose (10).

L’imagerie permet d’orienter le diagnostic mais surtout de préciser l’étendue de la lésion. Au scanner, la lésion apparaît assez volumineuse nodulaire ou mutiloculée prenant le contraste en couronne épaisse, entourée d’un œdème cérébral important. Cet aspect peut simuler les abcès à pyogène ou une tumeur cérébrale si la lésion est uniloculaire. Par contre, en cas d’abcès multivésiculaire, le diagnostic de parasitose est évoqué en premier (4).

L’IRM permet une bonne analyse topographique et une meilleure caractérisation tissulaire (9). Chez notre patient, l’aspect IRM correspond parfaitement à l’aspect anatomique des lésions : contenu central des vésicules (pus et granulations) isointense en T1 et T2. Paroi vésiculaire (granulome inflammatoire) en signal intermédiaire en T1 et hyperintense en T2. Sclérose périphérique avasculaire, hypointense en T1 et T2. L’ensemble de ces données permet d’écarter une échinococcose alvéolaire : aspect en grappe de raisin sous forme de masses kystiques à paroi fine bien limitée entourées d’un important œdème. Importante réaction inflammatoire sans sclérose sur les séquences en T2 et avec injection de Gadolinium. L’imagerie a permis aussi de consolider l’hypothèse de l’atteinte par contiguïté en montrant les rapports entre le defect osseux et la partie charnue multivésiculaire. Le diagnostic étiologique est basé sur la ponction-biopsie des lésions avec études bactériologique et histologique. L’étude bactériologique nécessite des cultures en milieu anaérobie à pH neutre et enrichi en CO2. L’étude histologique montre des filaments mycéliens agglutinés au sein de grains jaunâtres (5-2). Le traitement consiste en une évacuation chirurgicale de l’abcès et une antibiothérapie à base de pénicilline G pendant 4 à 6 mois (9). Une étude réalisée sur 70 cas d’actinomycose cérébrale traités par antibiothérapie seule, a révélé une mortalité de 28% et des séquelles neurologiques chez 54% (8). Les facteurs de mauvais pronostic sont (8) :

-  Une apparition des symptômes plus de 2 mois avant l’hospitalisation.
-  Une absence d’antibiothérapie.
-  Une aspiration à l’aiguille au lieu d’une exérèse chirurgicale .

CONCLUSION

La localisation cérébrale de l’actinomycose est rare elle nécessite un diagnostic et une prise en charge thérapeutique précoces, seul garant d’un bon pronostic. L’imagerie en coupes notamment l’IRM joue un rôle important dans la discussion diagnostique qui sera confirmée par les données anatomopathologiques.


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Figure 1


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Figure 2


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Figure 3


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Figure 4


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Figure 5


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Figure 6


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Figure 7

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REFERENCES

  1. BENITO L J; MUNZO A; LEON P G; RIVAS JJ; RAMOS A. Actinomycotic brain abcess. Neurologia 1998;13:357-61.
  2. BROWN JR. Human actinomycosis: a study of 181 subjects. Human Pathol 1973;4:319-30.
  3. CHEON JE, IM JG, KIM MY, LEE JS, CHOI GM, YEON KM.Thoracic actinomycosis: CT finding. Radiology 1998,209:229-233.
  4. GERROS TC; MATTOON JS; SYNDER SP. Use of computed tomography in the diagnosis of cerebral abscess in a goat. Vet Radiol ultasound 1998 Jul-Aug;39(4):322-4.
  5. MENIF E; BACCOUCHE I; NOUIRA K; JRAD Z. Aspects radiologiques et tomodensitométriques de l’actinomycose thoracique. Mag Med. 2001; 21:204-6.
  6. OH HM; CHENG WY; TAN K K; SIM C S; JAYARATRAM F J: Actinomycosis of the brain. Ann Acade Med Singapore 1991 Nov;20(6):808-11.
  7. ORUCKAPTAN HH, SENMEV SIM O, SOYLEMEZOGLU F, OZGEN T. Cervical actinomycosis causing compression and multisegmental root failure: case report and review of the literature. Neurosurgery 1998,43:937-948.
  8. PONFICK E. Die infektionskrankheiten des nervensystem. Munchen-Wien-Baltimore: Urban and Schwarzenberg, 1979 .
  9. PUZZILLI F; SALVATI M; BRISTOT R; BASTIANELLO S; RUGGERI A; LUNARDI P. Actinomycosis of the nervous system: Surgical treatment of three cases. J neurosurg sci 1998;42:165-71.
  10. SMEGO RA. Actinomycosis of the central nervous system. Rev infect dis 1987;9:855-65.
  11. WINKING M; DEINSBERGER W; SCHINDLER C; JOEDICK A; BOEKER D K. cerebral manifestation of actinomycosis infection. J neurosurg sci 1996;40:145-8.


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