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ORIGINAL PAPERS / ARTICLES ORIGINAUX
ÉTIOLOGIES ET DÉTERMINANTS DES ÉTATS INFECTIEUX CHEZ LES PATIENTS HOSPITALISÉS AU CENTRE DE RÉFERENCE PSYCHIATRIQUE A LIBREVILLE EN 2024 -2025
ETIOLOGIES AND DETERMINANTS OF INFECTIOUS CONDITIONS IN PATIENTS HOSPITALISED AT THE PSYCHIATRIC REFERRAL CENTRE IN LIBREVILLE IN 2024–2025
E-Mail Contact - DOPE KOUMOU REINE :
reine.ambourouet@gmail.com
Résumé Description : Objectif : Méthode : Résultats : Conclusion : Mots clés : Afrique centrale ; Établissements psychiatriques ; Infections. ABSTRACT Background: Objective: Methods: Results: Conclusion : Keywords: Central Africa ; Hospitals, Psychiatric ; Infections.
INTRODUCTION Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, sur 100 patients hospitalisés, 7 dans les pays à revenu élevé et 15 dans les pays à revenu faible ou intermédiaire contractent au moins une infection associée aux soins, et un patient sur dix en décède en moyenne (12). En Afrique, la prévalence des infections nosocomiales varie de 10 à 60 % (13), avec 16 % en Côte d’Ivoire (7), 34,5 % en République Démocratique du Congo (8), 54,9 % au Sénégal (2) et 9,6 % au Maroc (9). Dans les établissements psychiatriques, bien que moins fréquentes (prévalence de 0,9 %) (4), les infections associées aux soins restent sous-estimées. Elles surviennent pourtant dans un contexte où les patients présentent plusieurs facteurs de vulnérabilité : durées d’hospitalisation prolongées, comorbidités somatiques peu explorées, hygiène parfois difficile à maintenir et accès limité à des moyens diagnostiques et thérapeutiques adaptés (5,6). Au Centre National de Santé Mentale (CNSM) de Libreville, des états infectieux sont régulièrement observés durant l’hospitalisation. Toutefois, les capacités diagnostiques demeurent limitées en raison du plateau technique réduit, ne permettant la réalisation que d’un nombre restreint d’analyses biologiques ni la prise en charge de cas complexes. Cette situation complique la détection précoce, la prévention efficace et la gestion appropriée des infections. Dans ce contexte, la présente étude, dont l’objectif était de déterminer les étiologies et les facteurs associés aux états infectieux chez les patients hospitalisés au CNSM, vise à contribuer à l’amélioration durable des conditions d’hospitalisation et de la qualité des soins chez les patients souffrant de troubles mentaux.
METHODES Il s’agissait d’une étude descriptive transversale réalisée du 1er novembre 2024 au 31 mai 2025 au centre national de santé mentale situé dans le 6e arrondissement de Libreville. Ont été inclus dans notre étude :
N’ont pas été inclus, les patients dont les dossiers présentaient des informations incomplètes. Définitions opérationnelles :
Les données étaient issues des registres d’hospitalisations, des dossiers des patients ainsi que des rapports mensuels du Centre National de Santé Mentale de Libreville. Elles ont été collectées manuellement à l’aide d’une fiche de collecte de données avec comme variables à étudier : âge, sexe, traitement psychiatrique reçu, délai de survenue de la fièvre en fonction de la date d’hospitalisation, réalisation d’analyses biologiques, diagnostics retenus, traitements administrés, évolution, durée d’hospitalisation, pavillon d’hospitalisation. Les données ainsi collectées ont été retranscrites et encodées sur le logiciel Excel 2019 puis exportées et analysées avec le logiciel Epi Info 7.2.6.0. Le logiciel Word 2019 a été utilisé pour la rédaction. Considérations éthiques Cette étude a été conduite conformément à la Déclaration d’Helsinki. Aucune donnée nominative de patient n’a été utilisée. Le consentement éclairé a été obtenu auprès de tous les participants ou de leurs représentants légaux. RESULTATS Sur les 203 patients hospitalisés durant la période d’étude, 18 ont présenté un état infectieux, soit une prévalence hospitalière de 8,9 %. La tranche d’âge la plus représentée était celle de 24 à 34 ans (55,6 %), suivie des 15–24 ans (22,2 %). Les hommes constituaient la majorité des cas (77,8 %), et 66,7 % des patients infectés provenaient des pavillons masculins (Tableau I). Concernant la durée d’hospitalisation, 77,8 % des patients ayant présenté un état infectieux avaient un séjour prolongé (≥ 21 jours). Les antipsychotiques étaient les traitements psychiatriques les plus fréquemment administrés (94,4 %). La survenue de l’état infectieux en cours d’hospitalisation représentait 88,9 % des cas, et le délai médian d’apparition était de 18 jours (extrêmes : 2 à 52 jours). Le paludisme constituait l’étiologie la plus fréquente (83,3 %). Deux patients présentaient une diarrhée aiguë fébrile (11,1 %) et un patient une dermohypodermite bactérienne (5,6 %). Les prises en charge thérapeutiques incluaient un traitement antipaludique à base d’artéméther-luméfantrine dans 83,3 % des cas, ainsi que des antibiothérapies adaptées selon les diagnostics (Tableau II). L’évolution clinique a été favorable pour l’ensemble des patients (100 %), sans cas défavorable enregistré. DISCUSSION La présente étude a permis d’évaluer la fréquence, les caractéristiques et les facteurs associés aux états infectieux chez les patients hospitalisés au Centre National de Santé Mentale (CNSM) de Libreville. Sur 203 patients, 18 ont présenté un état infectieux, soit une fréquence hospitalière de 8,9 %. Ce taux, inférieur aux prévalences rapportées dans les hôpitaux généraux (10 à 60 % selon l’OMS) (13) ainsi qu’à celles observées en Côte d’Ivoire (7), en République Démocratique du Congo (8) et au Sénégal (2), reste néanmoins notable pour une structure psychiatrique où les taux rapportés sont généralement plus faibles. Cependant, comme l’ont souligné Eveillard et al. (4), les difficultés diagnostiques dans ces milieux peuvent conduire à une sous-estimation des infections. Au CNSM, plusieurs facteurs pourraient expliquer cette fréquence. D’une part, l’absence de mise à jour régulière des dossiers en cours d’hospitalisation peut entraîner un recensement incomplet. D’autre part, les limites du plateau technique, notamment l’insuffisance de matériel de surveillance clinique et les difficultés rencontrées par le laboratoire (manque de réactifs, délestages, délais prolongés des résultats), réduisent la capacité de diagnostic rapide et fiable. S’ajoutent à cela un personnel en sous-effectif et vieillissant, ce qui complique la surveillance continue des patients. La survenue majoritaire des états infectieux en cours d’hospitalisation pourrait être liée à la durée prolongée des séjours, aux conditions d’hygiène parfois précaires et à la promiscuité observée dans certains pavillons. Les pavillons masculins (E, F et G) concentraient 66,7 % des cas, ce qui pourrait s’expliquer par des conditions d’hébergement moins favorables et une hygiène plus difficile à maintenir que dans les pavillons féminins. De plus, leur caractère plus ouvert expose davantage les patients aux piqûres de moustiques. Un traitement antipaludique à base d’artéméther-luméfantrine a été administré pendant trois jours dans 83,33 % des cas, avec une évolution favorable dans la totalité des situations observées. Il en a été de même pour les antibiothérapies prescrites dans la dermohypodermite aiguë bactérienne et dans les deux cas de diarrhée aiguë fébrile, dont l’évolution a été satisfaisante respectivement sous amoxicilline–acide clavulanique, et sous ceftriaxone associée à la gentamicine, accompagnée d’une réhydratation pendant sept jours. Ces résultats montrent que, malgré les limites du plateau technique, la prise en charge des infections courantes, en particulier des accès palustres simples, peut être correctement assurée au CNSM. Par ailleurs, il convient de souligner la difficulté persistante de transférer les patients présentant des troubles mentaux vers les structures hospitalières générales. CONCLUSION : Les états infectieux demeurent fréquents en milieu hospitalier, et leur prévalence apparaît sous-estimée dans les structures psychiatriques en raison des capacités diagnostiques limitées. Au Centre National de Santé Mentale, les patients les plus touchés étaient majoritairement des hommes âgés de 24 à 34 ans, avec une prédominance d’hospitalisations prolongées. Le paludisme constituait la principale étiologie, reflétant l’endémicité régionale. Les conditions d’hospitalisation, la promiscuité et l’environnement immédiat semblent également contribuer à la survenue des infections. Le renforcement des mesures de prévention, l’assainissement de l’environnement, la démoustication périodique, la distribution de moustiquaires imprégnées ainsi que la sensibilisation du personnel soignant et d’entretien à l’hygiène hospitalière constituent des actions prioritaires. Par ailleurs, des études menées sur une période plus longue permettraient d’approfondir l’analyse des déterminants des états infectieux sévères et d’améliorer leurs modalités de prise en charge au CNSM. CONFLITS D’INTERET Les auteurs déclarent ne pas avoir reçu de financement pour cette étude. ![]() ![]() Légende : Le tableau décrit le moment de survenue des infections, les principaux diagnostics retenus, les traitements administrés (antipaludiques ou antibiotiques) ainsi que l’évolution clinique. Les effectifs (n) et pourcentages (%) sont fournis pour chaque modalité. Le délai médian de survenue est exprimé en jours. RÉFERENCES
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