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ORIGINAL PAPERS / ARTICLES ORIGINAUX
ÉVALUATION DE L’OUTIL NUMÉRIQUE DANS L’OBSERVANCE THÉRAPEUTIQUE DES PATIENTS PSYCHOTIQUES CHRONIQUES AU CENTRE NATIONAL DE SANTÉ MENTALE (CNSM) DE LIBREVILLE, 2023
EVALUATION OF THE DIGITAL TOOL IN THE THERAPEUTIC COMPLIANCE OF CHRONIC PSYCHOTIC PATIENTS AT THE NATIONAL MENTAL HEALTH CENTER (CNSM) OF LIBREVILLE, 2023
E-Mail Contact - DOPE KOUMOU REINE :
reine.ambourouet@gmail.com
RÉSUMÉ Description Objectif Méthode Résultats Conclusion L’impact de l’outil numérique sur l’observance thérapeutique n’a pas été retrouvé au cours de cette étude. Par ailleurs le soutien familial était un facteur favorisant l’observance. Des études ultérieures sur la réévaluation l’outil numérique en psychiatrie sont nécessaires au Gabon.
Mots clés : Psychoses chroniques, Outil numérique, Observance thérapeutique, Gabon.
ABSTRACT Description Objective Method Results Conclusion Keywords: Chronic psychosis, Digital tool, Treatment adherence, Gabon. INTRODUCTION Les psychoses chroniques, telles que les schizophrénies et les psychoses paranoïaques, sont des affections mentales graves définies par des caractéristiques cliniques spécifiques et une installation durable. Les schizophrénies se manifestaient par des idées délirantes, une distorsion de la pensée, des hallucinations, une perte du sentiment d’être soi-même, une démotivation, une réduction de l’émotivité, des difficultés cognitives, un comportement anormal et une négligence de l’hygiène personnelle (13, 2). Ces troubles touchent environ 24 millions de personnes dans le monde, soit 0,33% de la population (13), tandis que les psychoses chroniques non schizophréniques concernent 1 à 1,5% de la population (13). Les rechutes fréquentes des psychoses chroniques entraînent une augmentation des hospitalisations, de la morbidité et de la mortalité ; et ces affections impactent négativement la qualité de vie des patients et de leur entourage, tout en augmentant les coûts pour la société. Ainsi, elles représentent un problème de santé publique majeur. La prise en charge thérapeutique de ces pathologies implique une approche médicale, psychologique et sociale, soulignant l’importance de la sensibilisation et de l’éducation des patients et de leurs familles. Le traitement repose principalement sur les antipsychotiques, visant à réduire les symptômes et améliorer le fonctionnement social et l’insertion professionnelle, bien que des symptômes chroniques peuvent persister (2, 6,8,9,11, 14). L’amélioration de l’observance en psychiatrie dépend de plusieurs facteurs : la rationalisation de l’ordonnance, la relation médecin-malade favorisant une meilleure alliance thérapeutique, et l’implication des proches du patient (2, 8,15). Le rôle du médecin est crucial dans l’observance du traitement, malgré une sous-estimation fréquente de cette influence. Les pathologies psychiatriques, contrairement à certaines maladies somatiques peu symptomatiques comme l’hypertension artérielle, présentent des symptômes que le patient souhaiterait voir disparaître, ce qui pourrait favoriser l’observance (2). Dans un contexte de santé confronté à l’épidémiologie croissante des maladies chroniques, l’outil numérique apparaissait comme un prolongement nécessaire offrant au patient un soutien social, motivationnel et technique. Des bénéfices modestes mais réels avaient été rapportés avec des systèmes basés sur l’envoi de SMS ou des applications pour smartphone [1]. Au Gabon, la téléphonie mobile est en pleine extension et compte deux grands opérateurs. L’exercice 2019 a été plutôt favorable au secteur numérique : le nombre d’abonnés en téléphonie mobile est en hausse de +2,1%, tandis que le nombre d’abonnements internet a augmenté de 6,7% [5]. Dans le domaine de la santé, le « projet e-Gabon », vise à accélérer le développement des services de santé électronique (ou « e-santé »). La numérisation des services de santé permettra d’améliorer les soins de base mais aussi l’efficacité du système sanitaire [1,5,17]. L’accès facilité et à moindre coût aux services de santé, ainsi que l’offre généralisée d’applications dédiées à la santé sur les téléphones mobiles (notamment les smartphones), auront un impact sur l’ensemble de la population [17]. Cet outil numérique, largement répandu et facilement accessible, pourrait contribuer à améliorer l’observance thérapeutique chez les patients présentant une psychose chronique suivis au Centre National de Santé Mentale. Cette étude, visait à évaluer l’impact de l’outil numérique dans l’observance thérapeutique chez les patients psychotiques chroniques suivis au CNSM en 2023. MATERIEL ET MÉTHODE Cadre de l’étude L’étude a été conduite au Centre National de Santé Mentale de Libreville (CNSM). C’est le centre de référence public dans la prise en charge des troubles mentaux au Gabon. Il est situé dans la banlieue Ouest au point kilométrique 11 de la ville de Libreville. Type d’étude Il s’est agi d’une étude prospective, interventionnelle, monocentrique, randomisée, contrôlée menée au Centre National de Santé Mentale du Gabon sur une période de trois mois allant du 15 octobre 2023 au 15 janvier 2024. Elle a impliqué deux groupes de patients atteints de psychoses chroniques : un groupe expérimental bénéficiant de soins et de rappels par téléphone mobile et un groupe témoin recevant les mêmes soins sans rappels téléphoniques. Population étudiée L’étude concernait les patients souffrant d’une psychose chronique (schizophrénie, psychose paranoïaque, Psychose hallucinatoire chronique) suivis au Centre National de Santé Mentale (CNSM).
Il a été inclus :
Il n’a pas été inclus :
Il a été exclu:
Déroulement de l’étude
L’outil numérique utilisé au cours de cette étude était l’application FieldSim®. Il s’agit d’une Plateforme web et mobile qui collecte, agrège, traite et stocke des données de diverses sources (satellite, saisies terrains, capteurs, drones, etc.), afin de produire et de diffuser des conseils opportuns, pertinents et individualisés. Il offre trois niveaux d’accès aux informations : (i) un accès web (Cloud) pour la gestion centralisée, (ii) un accès tablette pour les agents de terrain et (iii) un accès mobile pour les utilisateurs finaux.
Les données ont été collectées au moyen d’un questionnaire standardisé conçu par l’équipe du CNSM. Il comportait cinq parties : les données sociodémographiques; les données cliniques; les données thérapeutiques; les données sur les conditions sociales, les données socio-culturelles; les données évolutives.
Une fois le consentement du patient ou de l’accompagnant obtenu, les patients inclus dans l’étude ont été randomisés en deux groupes. La randomisation a été effectuée de manière alternative en orientant de manière chronologique chaque patient inclus à l’un ou l’autre des groupes de l’étude. Le premier groupe correspondait aux patients qui recevaient les messages et éventuellement pouvaient y répondre s’ils le désiraient par SMS. Chaque message envoyé au patient était également envoyé à son tuteur. Il y avait deux types de message :
Les messages étaient envoyés le matin, le midi et le soir car ces moments correspondaient à une forte probabilité de présence des tuteurs à leur domicile. Ces derniers pouvaient ainsi contrôler la prise effective du traitement. Le deuxième groupe ne recevait aucun message. Les patients ont été suivis à intervalle de 15 jours au cours desquels les données cliniques, thérapeutiques et évolutives ont été relevées. Gestions et analyse des données Les données collectées ont été saisies sur un tableur Excel et analysées à l’aide du logiciel statistiques Stata 14. Les variables qualitatives ont été décrites au moyen des effectifs et des proportions et les variables quantitatives décrites avec la moyenne et l’écart-type. Pour l’analyse univariée, la comparaison des proportions a été faite au moyen du test de Chi2 de Mantel Haenszel et les comparaisons des moyennes au moyen du test de Mann-Whitney. Il a été réalisé une régression logistique pas à pas descendante pour rechercher les variables explicatives de l’observance. Dans le modèle initial de cette analyse, les variables indépendantes étaient le sexe, la situation matrimoniale, l’obédience religieuse, la conscience des troubles, l’information sur le traitement, les effets indésirables, le traitement religieux et traditionnelle, le soutien familial et la réception des messages. Le seuil de significativité a été fixé à 0,05. ASPECTS ÉTHIQUES ET REGLEMENTAIRES Il avait été recueilli l’assentiment des participants lorsque leur état clinique le permettait et le consentement des accompagnants (tuteurs). Les données à caractères personnels n’ont pas été exploitées et ont été tenues confidentielles. L’étude avait obtenu l’autorisation du Ministère de la Santé et du directeur du CNSM. CONFLITS D’INTERETS Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts. RÉSULTATS Description des caractéristiques socio-démographiques des psychotiques enquêtés Au total, 63 sujets avaient donné leur consentement, 13 ne s’étaient pas présentés au rendez-vous de suivi. Ainsi 50 ont été retenus pour l’analyse finale (présence aux RDV). Parmi ces derniers, 21 (42%) ont été inclus au groupe qui bénéficiait de l’intervention et 29 (58%) ont été inclus dans le groupe n’en bénéficiait pas. L’âge moyen des participants était de 40,8 (±13,2) ans Les sujets de sexe masculin représentaient (58%) des participants. Le sex-ratio était de 1,38. Le nombre moyen d’enfants à charge était de de 1,4 (±2,7) enfant (Tableau I). ![]() Description des patients psychotiques enquêtés selon leurs caractéristiques cliniques, thérapeutiques et évolutives (Libreville, 2023) Concernant l’observance thérapeutique, 28 (56,0%) des participants ont été catégorisés comme observants. Parmi eux, 16 (57,1%) ont respecté au moins deux rendez-vous sur les quatre prévus. Treize (46,0%) des observants ont maintenu une régularité dans la prise de leur traitement lors de deux rendez-vous consécutifs (Tableau II). ![]() Recherche de lien statistiquement significatif avec l’observance en analyse bivariée. A l’analyse bivariée, la réception de message n’était pas statistiquement associée à l’observance thérapeutique. Il a été retrouvé une association statistiquement significative entre d’une part le soutien familial, la conscience des troubles et d’autre part l’observance thérapeutique (Tableau III). ![]() Recherche de lien statistiquement significatif avec l’observance en analyse multivariée (Libreville, 2023). Au modèle final de l’analyse multivariée, le soutien familial était un facteur favorisant l’observance thérapeutique (OR=9,25 ; IC95% : 1,87-45,70) (Tableau IV). ![]() DISCUSSION : Les limites de cette étude incluent la taille restreinte de l’échantillon, qui s’expliquerait d’une part par la perte de vue de 13 patients et d’autres parts par les difficultés d’adhésion des patients psychotiques chroniques à l’étude. La proposition de réponse aux SMS semblait complexe pour les malades, qui préféraient communiquer directement avec le médecin. Le canal (SMS) utilisé, ne permettait pas d’être proche de leur praticien. Une intervention plus directe, comme des appels téléphoniques, aurait pu être plus efficace. Toutefois en pratique courante, le suivi des patients psychotiques chroniques stabilisés est souvent trimestriel. Cette étude a donc eu pour avantage, une surveillance plus rapprochée (15 jours) et d’expérimenter un outil quotidiennement utilisé qu’est la téléphonie mobile. La population de l’étude était relativement jeune (âge moyen : 40,8 ans). Ces résultats étaient proches de ceux observés dans une étude gabonaise en 2023 (12) et dans une étude nigériane en 2015 (7) qui avait inclus tout type de pathologies psychiatriques. Cette similitude avec l’étude gabonaise pourrait s’expliquer par le fait d’avoir réalisée l’étude dans le même centre de prise en charge. Dans cette étude une prédominance masculine a été observée (sex-ratio :1,3). Ce résultat rejoignait l’observation du recensement de la Direction Générale de la Statistique, le Recensement Général de la Population et des Logements de 2013 du Gabon (RGPL) (4). Au Niger, Maïga avait aussi retrouvé une prédominance masculine dans une étude chez les patients présentant une psychose aigue (10). Cette prédominance masculine dans les psychoses aigues et chroniques pourrait s’expliquer par l’exposition et le surinvestissement dès l’enfance aux charges familiales engendrant des difficultés existentielles (difficultés socio-économiques, augmentation du chômage, consommation de substances psychoactives). Près des ¾ des sujets de l’étude n’avaient pas d’activité professionnelle. En comparaison, Fadare et al. (2015) au Nigeria ont signalé un taux de chômage, de l’ordre de 45% (7). La morbidité de la pathologie psychotique pourrait également expliquer la difficulté à maintenir ou à trouver un emploi. Plus des ¾ des sujets de notre étude n’étaient pas en couple. Des résultats similaires ont été observés dans d’autres pays d’Afrique (10). Le célibat constituerait un facteur de vulnérabilité à la maladie mentale, il exposerait à affronter seul les difficultés quotidiennes. (12). A l’analyse bivariée, la réception de message n’était pas statistiquement associée à l’observance thérapeutique. Ceci pourrait s’expliquer par la courte durée de l’étude qui n’aurait pas permis aux participants d’intégrer l’usage de l’application. Aussi il est de plus en plus observé que les populations délaissent les SMS au profit d’autres applications des réseaux sociaux (Whatts ap) (1, 5, 11). Ce résultat était différent de celui rapporté par Maïga au Niger (10) qui avait montré que l’outil numérique favorisait le respect des rendez-vous. Cette différence pourrait s’expliquer par l’âge des populations des deux études ; celle du Niger étant plus jeune (30,1 ans), donc faisant plus attention aux messages téléphoniques reçus. De plus l’étude nigérienne concernant les psychoses aigues décrites comme temporaires. Aussi Pitrat en France (16) avait relevé que la technologie mobile occupait de plus en plus une place dans le suivi du patient en psychiatrie, améliorant le parcours de soins des malades (16, 17]). La conscience des troubles était statistiquement associée à l’observance thérapeutique. Ceci s’expliquerait par le fait que la conscience des troubles ou insight permettait une meilleure compréhension et acceptation du traitement. Les auteurs expliquaient que lorsque le patient n’a pas ou peu de conscience de sa maladie, l’observance était fortement compromise (3). Correl dans la méta-analyse a observé un manque d’insight fréquent chez les patients présentant une schizophrénie compliquant l’évaluation et le traitement, réduisant ainsi l’observance thérapeutique (2). A l’analyse bivariée et multivariée, le soutien familial était apparu comme le facteur favorisant l’observance thérapeutique. La dispersion de l’intervalle de confiance rendrait cette association relative. Toutefois, dans une méta-analyse portant sur des études réalisées chez des patients présentant une schizophrénie, l’implication familiale était cruciale devant le handicap à long terme et les difficultés fonctionnelles rencontrées par les patients atteints (2). Cette relation avait été aussi retrouvée dans une revue de la littérature réalisée par Corruble et Fusar en France (3, 8)), El Ammouri au Maroc (6). CONCLUSION L’étude réalisée au Centre National de Santé Mentale de Libreville en 2023 n’a pas mis en évidence une association significative entre l’utilisation de l’outil numérique téléphonique et l’observance thérapeutique des patients psychotiques chroniques. En revanche, le soutien familial est apparu comme facteur déterminant l’observance au traitement. L’intégration de stratégies centrées sur l’éducation du patient, et le renforcement de l’implication familiale apparaît essentielle pour optimiser la prise en charge. Des recherches ultérieures seraient nécessaires pour réévaluer l’apport des interventions numériques dans le suivi des psychoses chroniques au Gabon. RÉFERENCES
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