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ORIGINAL PAPERS / ARTICLES ORIGINAUX
INFLUENCE DES FACTEURS DÉMOGRAPHIQUES, ANTHROPOMÉTRIQUES ET PROFESSIONNELS SUR LES PARAMÈTRES ÉLECTRONEUROMYOGRAPHIQUES AU CHU DE BRAZZAVILLE : ÉTUDE EXPLORATOIRE
INFLUENCE OF DEMOGRAPHIC, ANTHROPOMETRIC, AND PROFESSIONAL FACTORS ON ELECTRONEUROMYOGRAPHIC PARAMETERS AT BRAZZAVILLE UNIVERSITY HOSPITAL : EXPLORATORY STUDY
E-Mail Contact - GHISLAIN ARMEL MPANDZOU :
mgaetimm@gmail.com
RESUME Introduction. L’électroneuromyographie (ENMG) permet une mesure objective de l’activité électrique nerveuse et musculaire. Les valeurs des paramètres mesurés présentent une variabilité intra et interindividuelle pouvant influencer l’interprétation des résultats. Objectif. Explorer l’influence de certains facteurs démographiques, anthropométriques et professionnels sur les paramètres ENMG dans le laboratoire de neurophysiologie clinique du CHU de Brazzaville. Population et méthodes. Il s’agissait d’une étude transversale analytique concernant des volontaires congolais supposés sains, âgés d’au moins 18 ans. La variabilité des paramètres ENMG des nerfs explorés en routine a été analysée pour l’âge, le sexe, la catégorie professionnelle, le poids et la taille, par des tests de comparaison et de corrélation. Le seuil de significativité était fixé à 5%. Résultats. Notre échantillon comptait 47 volontaires, 26 hommes et 21 femmes, âgés de 31,5±9,1 ans, mesurant 169.4±9,7 cm et pesant 68±2,2 kg. Les hommes avaient une latence plus allongée et une amplitude plus basse pour les paramètres de la plupart des nerfs. Les ouvriers avaient une latence plus allongée et une amplitude plus basse, presque exclusivement pour les paramètres du nerf médian. Pour la plupart des nerfs, l’âge et le poids étaient corrélés négativement à l’amplitude, la taille, positivement à la latence et négativement à l’amplitude des potentiels moteurs. Conclusion. Les paramètres électroneuromyographiques présentent une variabilité distinctive selon le sexe, la profession, l’âge et les paramètres anthropométriques. Ils doivent être considérer lors de l’interprétation des résultats. Une régression linéaire multiple intégrant ces différents facteurs permettrait de personnaliser les valeurs de référence. Mots clés : variabilité, facteurs associés, paramètres ENMG, étude exploratoire, Brazzaville.
ABSTRACT Introduction. Electroneuromyography (ENMG) provides an objective measure of nerve and muscle electrical activity. The measured parameters have intra- and inter-individual variability, which may affect the interpretation of the results. Objective. To investigate the influence of certain demographic, anthropometric and occupational factors on NME parameters in the clinical neurophysiology laboratory at Brazzaville University Hospital. Population and methods. An analytical cross-sectional study was carried out on healthy volunteers of Congolese origin, aged 18 years and over. The variability of the ENMG parameters of the nerves routinely examined was analysed for age, sex, occupational category, weight and height by means of comparison and correlation tests. The significance level was set at 5%. Results. Our sample included 47 subjects, 26 men and 21 women, aged 31.5±9.1 years, height 169.4±9.7 cm and weight 68±2.2 kg. Men had longer latency and lower amplitude for most nerve parameters. Workers had longer latency and lower amplitude, almost exclusively for median nerve parameters. Age and weight correlated negatively with amplitude, height correlated positively with latency and negatively with amplitude for most nerve parameters. Conclusions. Electroneuromyographic parameters show marked variability according to sex, occupation, age and anthropometric parameters, which should be considered when interpreting the results. A multiple linear regression incorporating these different factors would allow the reference values to be personalised. Keywords: variability, associated factors, ENMG parameters, exploratory study, Brazzaville.
Introduction L’électroneuromyographie (ENMG) occupe une place capitale dans la prise en charge des affections neurologiques périphériques, allant de la corne antérieure au muscle en passant par la jonction neuromusculaire (16). Il s’agit d’un prolongement de l’examen clinique qui vise à réaliser une mesure objective de l’activité électrique des différentes structures du système nerveux périphérique. La réalisation d’un examen ENMG implique le respect de certaines conditions afin d’obtenir des résultats fiables (13, 18, 22). Parmi les nombreuses conditions requises, la détermination des valeurs de référence propres à chaque laboratoire de neurophysiologie clinique est fortement recommandée (5, 16, 30). Une fois déterminées, ces valeurs de référence ne doivent toutefois pas être considérées comme immuables lors de l’interprétation des résultats d’un examen ENMG. En effet, les valeurs de référence varient d’un pays à l’autre voire d’un laboratoire de neurophysiologie à un autre dans le même pays (1, 30). Dans un même pays, il a été démontré que les facteurs influençant les paramètres de l’ENMG peuvent varier au sein d’une même population et entre différentes populations (4, 5). La variabilité inter et intra-individuelle des valeurs de référence de l’ENMG relève de facteurs environnementaux et intrinsèques (8, 25, 33). Le principal facteur environnemental rapporté est la température ambiante, qui influe considérablement sur la vitesse de conduction nerveuse (6, 11). Certaines professions peuvent aussi avoir un impact sur ces paramètres (27, 28). Les facteurs intrinsèques se rapportent au type d’appareil (calibration, vétusté, algorithme de traitement des signaux…), à l’expérience de l’opérateur, à la technique d’examen (placement et type d’électrodes, type d’enregistrement, préparation du sujet…), voire à l’anatomie et à la physiologie du sujet examiné (23, 35). L’élaboration d’une approche personnalisée lors de l’interprétation des résultats de l’ENMG implique la détermination des facteurs pouvant influencer les valeurs de référence des paramètres ENMG. Dans le cadre de cette étude, l’objectif était d’explorer, à l’aide d’analyses univariées, l’influence de certains facteurs démographiques, anthropométriques et professionnels sur les paramètres ENMG dans le laboratoire de neurophysiologie clinique du CHU de Brazzaville (29). Méthode d’étude Type et population d’étude Il s’agissait d’une étude transversale analytique menée sur 4 mois, dans l’unité de neurophysiologie clinique CHUB, sur la base des données collectées entre 2017 et 2018. Elle concernait des volontaires supposés sains congolais âgés de 18 ans et plus, résidant à Brazzaville depuis au moins 10 ans. Les sujets devaient être indemnes de tout symptôme ou signe neurologique, d’antécédents de maladies générales ou chroniques ayant un retentissement sur le système nerveux central ou périphérique, et ne devaient pas avoir pris de médicament neurotoxique au cours des 12 derniers mois, notamment les antituberculeux (isoniazide, ethambutol), certains antirétroviraux (stavudine, didanosine), ainsi que certains antibiotiques (métronidazole, ciprofloxacine), l’amiodarone, les statines et autres molécules reconnues pour leur neurotoxicité périphérique. Procédure et outil de collecte des données L’examen ENMG a été réalisé avec un appareil de type Micromed MYOQUICK. Matrix Line® doté du logiciel systemPLUS EVOLUTION. 1.4. Après un conditionnement de la salle d’enregistrement à une température ambiante stable, la température corporelle était maintenue en moyenne à 36,7 ± 0,2°C [36-37 °C], un protocole standard a permis d’étudier les composantes motrices et sensitives des nerfs médian, ulnaire et radial aux membres supérieurs (29). Aux membres inférieurs, l’étude portait sur les composantes motrices des nerfs fibulaire et tibial, ainsi que sur les composantes sensitives du nerf sural. Les facteurs étudiés comprenaient le sexe, l’âge, la catégorie professionnelle, la taille et le poids mesurés à l’aide d’une toise fixe de type ZT-120. Analyse des données Les données collectées ont été traitées avec le logiciel SPSS 20.0. Les tests comparatifs ont été choisis en suivant la distribution normale ou non des valeurs de référence des paramètres ENMG dont la procédure de détermination a été détaillée dans une publication initiale (29). Compte tenu de la taille limitée de l’échantillon, aucune analyse multivariée n’a été réalisée afin d’éviter un sur-ajustement des modèles et une instabilité des estimations. Les analyses ont donc été limitées à des comparaisons et corrélations univariées à visée exploratoire. La comparaison des variables catégorielles a été effectuée, lorsque la distribution était normale, par le test t de Student pour les variables ayant deux modalités et par le test ANOVA à 1 facteur pour les celles ayant plus de deux modalités. En cas de distribution asymétrique, le test de Mann-Whitney a été utilisé pour les variables ayant deux modalités et le test de Kruskal-Wallis pour celles ayant plus de deux modalités. La corrélation entre les variables continues et les paramètres ENMG a été effectuée par le test de corrélation de Pearson. La corrélation a été jugée comme faible en dessous de 0,30, modérée entre 0,30 et 0,50 et forte au-delà de 0,50. Le seuil de significativité a été fixé à 5%. Clairance éthique et conflit d’intérêt L’étude a été approuvée par le comité d’éthique pour la recherche en sciences de la santé (CERSSA) de la faculté des sciences de la santé de l’université Marien Ngouabi. Les participants ont été informés sur le but et les objectifs de cette étude, ainsi que sur le caractère désagréable de l’ENMG, ce qui a permis d’obtenir un consentement éclairé. Ils ont également bénéficié de la gratuité pour l’ENMG. Ceux ayant présenté des anomalies ont été conseillés sur les modalités de la prise en charge de celles-ci. Les fiches d’enquête ont été anonymisées par un numéro d’identification codé afin de garantir la confidentialité des données. Les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêt. Résultats Description de la population d’étude Sur les 52 volontaires sains inclus dans l’étude, un syndrome du canal carpien a été objectivé fortuitement chez cinq d’entre eux et l’exploration ENMG a été interrompue chez deux d’entre eux en raison d’une mauvaise tolérance aux stimulations électriques. Seuls 47 volontaires sains ont complété l’exploration ENMG. Il s’agissait de 26 (55,3%) hommes et de 21 femmes (44,7%), âgés en moyenne de 31,5 ± 9,1 ans [18-63 ans]. Les hommes avaient en moyenne de 32,6 ± 8,9 ans et les femmes 30,1 ± 9,3 ans. Les trois catégories de professions répertoriées étaient les suivantes : ouvrier (n=19 ; 13 hommes et 6 femmes), administratif (n=16 ; 7 hommes et 9 femmes) et étudiant (n=12 ; 6 hommes et 6 femmes). La taille moyenne des sujets était de 169,4 ± 9,7 cm [152-188 cm], soit 175,8 ± 7 cm pour les hommes et 161,5 ± 5,9 cm pour les femmes. Le poids moyen était de 68 ± 2,2 kg [45-100 kg], soit 72,4 ± 12,1 kg pour les hommes et, 62,7 ± 10,4 kg pour les femmes. Paramètres électroneuromyographiques significativement influencés Les tableaux I à V rapportent les paramètres ENMG significativement influencés par les facteurs étudiés. ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Discussion Les paramètres ENMG présentent une grande variabilité nettement influencée par plusieurs facteurs environnementaux (température ambiante, humidité), technique (méthode de mesure, appareil utilisé), et liés à l’expérience du clinicien. Cette variabilité résulte également de facteurs anatomiques et physiologiques propres au sujet, ainsi que de facteurs liés à son activité et à son mode de vie. Ces facteurs ont une répercussion importante sur l’interprétation des paramètres ENMG et ils doivent être pris en compte lors de chaque examen. Facteurs intrinsèques
L’âge est l’un des facteurs déterminants lors de l’interprétation des résultats d’un examen ENMG. Garcia et al. (19)ont montré́ que durant la période néonatale, la vitesse de conduction sensitive (VCS) et la vitesse de conduction motrice (VCM) maximales correspondraient à la moitié́ de celles de l’adulte. Les valeurs des adultes étant atteintes vers l’âge de 4 ans, cela laisse présager une diminution de la vitesse de conduction nerveuse avec l’âge. Cela expliquerait la corrélation négative observée dans notre étude, essentiellement pour la VCM du nerf médian et tibial, plus exposés aux sollicitations fréquentes des articulations du poignet et du genou avec le temps. Awang et al. (5)ont également retrouvé une diminution de la vitesse de conduction nerveuse (VCN) pour l’ensemble des nerfs, hormis pour la VCS du nerf ulnaire, dans la population malaysienne adulte, toute origine comprise. Par ailleurs, la latence distale motrice (LDM) est supérieure à celle des adultes au cours de la période néonatale, puis diminue au cours de la première année de vie (19]) En revanche, la latence de l’onde F (LOF), quant à elle, diminue au cours de la première année de vie puis augmente au début de l’enfance (19, 3). Dans notre étude, l’âge n’exerçait aucune influence sur la LDM des nerfs explorés, mais était corrélé positivement à la latence de l’onde F (LOF) du nerf fibulaire et à celle de la réponse sensitive (LS) du nerf médian. Puksa et al. (33) rapportaient un effet de l’âge sur la LOF aux membres supérieurs faible qu’aux membres inférieurs. Cependant, la principale influence observée pour l’âge dans notre étude était sa corrélation inverse avec l’amplitude des potentiels moteurs du nerf médian et tibial, et l’amplitude du potentiel sensitif du nerf médian, ulnaire et sural. Dans une population pédiatrique en Tunisie, l’amplitude des potentiels moteurs aux membres inférieurs était plus élevée que celle rapportée dans notre publication initiale (24, 29). Le vieillissement s’accompagne d’une atrophie des neurones moteurs et d’une diminution du nombre de fibres musculaires, ce qui pourrait expliquer en partie cette perte d’amplitude des potentiels moteurs (15). Des recherches supplémentaires seraient nécessaires pour clarifier cette relation.
Dans notre étude, les hommes avaient une amplitude plus basse pour le potentiel moteur distal du nerf radial et le potentiel sensitif du nerf médian, ulnaire, radial et sural. En outre, la LOF de tous les nerfs était plus longue, ainsi que la LS du nerf ulnaire, radial et sural. Du fait de leur masse musculaire plus importante et d’un nombre plus élevé de fibres musculaires de type II, les hommes auraient une activité musculaire plus intense que les femmes à tous les niveaux de contractions musculaires (3, 21). En outre, chez les femmes, bien que l’épaisseur du tissu adipeux soit plus importante, l’excitabilité sensorielle et supramotrice serait plus élevée (26). Ces constats indiquent que les effets physiologiques sous-jacents du sexe sur les paramètres ENMG devraient être étudiés de façon plus spécifique. Ainsi, le seuil de stimulation plus faible chez les femmes favoriserait l’obtention plus facile de l’amplitude maximale des composantes motrices et sensitives. Par ailleurs, le type d’activités physiques exercées par les hommes, comme les activités manuelles, ainsi que leur âge, taille et poids habituellement plus élevés, pourraient avoir un impact sur les paramètres ENMG, avec des amplitudes plus grandes et des latences plus allongées (32, 33).
Une relation étroite a été établie entre la taille et certains paramètres ENMG (13, 34). Puksa et al. (33) ont retrouvé une corrélation positive entre la taille et la latence minimale de l’onde F chez des volontaires sains. Dans notre étude, une forte corrélation positive a été observée avec la LOF de tous les nerfs explorés et la LDM du nerf fibulaire. L’influence de la taille relèverait de la longueur des axones impliqués dans la réponses nerveuse (25). Ceci est d’autant plus vrai pour la LOF, car l’influence de la taille est surtout constatée aux membres inférieurs (12, 34). Une mesure de la longueur des segments de membres aurait permis de mieux expliquer cette corrélation. Une corrélation inverse de la taille est rapportée avec la VCN (5, 25). Cependant, dans notre étude la taille était corrélée négativement uniquement avec la VCS du nerf sural. Soudmand et al. (36) et Campbell et al. (12) avaient déjà rapporté une corrélation inverse entre la taille et la VCN aux membres inférieurs. L’hypothèse émise était que la taille était responsable d’un rétrécissement brutal des axones en distalité aux membres inférieurs, expliquant la diminution plus marquée de la VCN au niveau des segments distaux et aux membres inférieurs, observée dans la pratique. Campbell et al. (12) avaient établi une corrélation positive entre la taille et la LDM du nerf fibulaire et la LS du nerf sural. Dans notre étude, la LDM était corrélée positivement avec la taille pour le nerf ulnaire et fibulaire, de même qu’avec la LS du nerf ulnaire, radial et sural. Une corrélation positive la LS du nerf médian, cubital et sural a été rapportée par ailleurs (37). Une taille plus grande entraîne une augmentation de la distance entre l’électrode de stimulation et de recueil, allongeant les latences, notamment pour les membres inférieurs, en raison de la longueur accrue du nerf tibial et du nerf sural chez les personnes de grande taille (12). Lors de l’interprétation des résultats de l’ENMG, il est essentiel d’ajuster les valeurs de la latence de la VCN en fonction de la taille pour éviter des conclusions erronées. Par ailleurs, la taille influait négativement sur l’amplitude du potentiel sensitif du nerf médian, ulnaire, radial et sural dans notre étude, en raison de l’éloignement plus important des axones du soma chez les personnes de grande taille. Cet éloignement entraînerait une dispersion temporelle accrue des potentiels d’action nerveux, réduisant ainsi l’amplitude globale mesurée, ainsi que de l’implication des autres facteurs intrinsèques (25). Stetson et al. (37) ont rapporté que la taille était négativement associée à l’amplitude sensorielle dans tous les nerfs testés. En outre, une amplitude plus basse des potentiels moteurs et sensitifs a été observée pour des indices de masse corporelle plus élevés (9).
Le poids pris isolement semble ne pas avoir d’influence sur les paramètres de l’ENMG. Son influence rentre dans le cadre de l’obésité́, qui semble s’accompagner d’une amplitude plus basse des potentiels sensitifs dans notre étude. La raison invoquée est, comme pour les œdèmes, l’augmentation de la distance séparant le générateur musculaire et l’électrode de détection (9). Cette hypothèse pourrait également expliquer la corrélation négative mise en évidence dans notre étude, notamment avec l’amplitude du potentiel sensitif des nerfs médian, ulnaire et sural, et celle du potentiel moteur du nerf tibial. Par ailleurs, nous avons retrouvé une corrélation positive modérée du poids avec la LDM et la LOF des nerfs médian, radial et fibulaire ; relation pouvant se rapporter au fait que les personnes de grande taille auraient aussi un poids plus élevé. Awang et al. (5) ont observé un ralentissement des VCN avec l’augmentation de l’IMC, à l’exception des vitesses sensorielles ulnaires, en sachant qu’une augmentation de la latence s’accompagne d’une diminution de la VCN. L’ensemble de ces facteurs physiologiques résulteraient de la variabilité́ du nombre, du diamètre et de la longueur des axones, ainsi que du taux d’innervation musculaire, du type de fibres musculaires et de la taille du muscle, chez un même individu et entre différents individus appartenant ou non à la même population saine de référence (7). Cette variabilité́ est inévitable et irréductible (8, 17). Cependant, elle est maîtrisable ; le sujet étant comparé́ à lui-même entre ses deux côtés, l’asymétrie droite-gauche étant bien étudiée (2, 39). Facteurs liés à la profession Certaines professions ou activités professionnelles constituent des facteurs de risque pour certaines pathologies nerveuses, comme les syndromes canalaires chez les travailleurs manuels ou certaines activités sportives (14, 20, 31). Dans cette étude, l’amplitude des potentiels sensitifs du nerf médian des ouvriers était significativement plus basse que celle des autres catégories professionnelles. En outre, la LDM et la LS à la paume du nerf médian étaient plus allongées. Ces variations, essentiellement observées pour le médian, pourraient être liées à des contraintes mécaniques professionnelles, sans qu’un lien causal puisse être affirmé, par une compression lors de la traversée du poignet avec un retentissement initial sur les fibres sensitives plus sensibles et superficielles (10, 34). Cela pourrait expliquer le développement futur d’un syndrome canalaire carpien. Par ailleurs, l’allongement de la LOF du nerf fibulaire retrouvé chez les ouvriers peut être lié aux contraintes de leur tâche, notamment le port de charges lourdes, les postures prolongées et les efforts répétés, qui témoignent d’une souffrance radiculaire latente sous-jacente (8). Par ailleurs, le ralentissement de la conduction nerveuse distale du nerf tibial, observé dans notre étude, résulterait d’une possible compression au niveau du tunnel tarsien ou du creux poplité, à la suite d’accroupissements répétés. Considérations globales En somme, cette étude met en évidence une variabilité des paramètres ENMG associée à plusieurs facteurs individuels. Ces résultats sont globalement concordants avec la littérature, notamment concernant l’effet de l’âge, du sexe et de la taille sur la conduction nerveuse. L’influence de la taille sur les latences et les vitesses de conduction peut s’expliquer par la longueur des fibres nerveuses. L’effet de l’âge sur l’amplitude reflète probablement des modifications neurodégénératives progressives. Les différences observées selon le sexe pourraient être liées à des facteurs physiologiques et morphologiques, notamment la masse musculaire et la distribution des tissus. Concernant la profession, certaines variations pourraient être liées à des contraintes mécaniques répétées. Toutefois, ces interprétations restent hypothétiques et doivent être considérées avec prudence. L’implication des facteurs techniques n’est pas à minimiser. Ilssont multiples, mais peuvent être maîtrisés par un bon positionnement des électrodes, une mesure précise des distances, une préparation soigneuse de la peau et une vérification de l’aspect des réponses obtenues entre autres. Pour cette étude, nous avons choisi d’utiliser une technique simple, fiable et reproductible. Sa standardisation a permis de minimiser autant que possible cette source de variabilité́. Néanmoins, jusqu’à ce jour, il n’existe quasiment aucun consensus sur les méthodes à privilégier, les normes à utiliser et les stratégies à mettre en œuvre. Chaque laboratoire de neurophysiologie clinique devrait donc disposer de ses propres règles et établir ses propres valeurs (17). Cependant, le non-ajustement des valeurs de référence avec ces facteurs pourrait réduire leur spécificité et sensibilité diagnostiques lors de l’interprétation des résultats (37). L’imputabilité de la variabilité des paramètres ENMG semble être surtout liée à des facteurs intrinsèques relatifs aux variations anatomiques et physiologiques intra- et interindividuelles (8). L’interprétation d’un examen ENMG doit inéluctablement tenir compte d’un examen clinique minutieux réalisé au préalable et de la variabilité interindividuelle. Cette étude présente plusieurs limites importantes. Premièrement, la taille réduite de l’échantillon limite la puissance statistique et la généralisation des résultats. Deuxièmement, l’absence d’analyse multivariée ne permet pas de contrôler les facteurs de confusion potentiels. Enfin, l’hétérogénéité de la population étudiée peut influencer les estimations des paramètres. Cette étude doit être considérée comme exploratoire et génératrice d’hypothèses plutôt que normative. Néanmoins, ell apporte des données originales en contexte africain et souligne l’importance d’une interprétation individualisée des paramètres ENMG. Conclusion Les paramètres électroneuromyographiques présentent une variabilité associée à plusieurs facteurs individuels, indiquant l’intérêt de leur prise en compte lors de l’interprétation objective d’un examen électroneuromyographique. Toutefois, ces résultats doivent être interprétés comme exploratoires. Des études avec des effectifs plus importants sont nécessaires pour confirmer ces observations et établir des normes robustes adaptées à la population locale. Références
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