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ORIGINAL PAPERS / ARTICLES ORIGINAUX
MALADIE DE PARKINSON IDIOPATHIQUE : ASPECTS ÉPIDÉMIOLOGIQUES, CLINIQUES ET THÉRAPEUTIQUES DANS LES CENTRES HOSPITALIERS UNIVERSITAIRES DE COCODY, TREICHVILLE ET BOUAKÉ DU 1ER JANVIER AU 31 DÉCEMBRE 2024
IDIOPATHIC PARKINSON’S DISEASE : EPIDEMIOLOGICAL, CLINICAL, AND THERAPEUTIC CHARACTERISTICS IN THE UNIVERSITY TEACHING HOSPITALS OF COCODY, TREICHVILLE, AND BOUAKÉ (JANUARY 1–DECEMBER 31, 2024)
AXEL TOA
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E-Mail Contact - AGBO-PANZO SEGLA ACHI CEDRIC :
cedric_agbo@yahoo.fr
Résumé Introduction : La maladie de Parkinson idiopathique est la deuxième affection neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer. Les données qui la concernent restent limitées en Afrique subsaharienne. Cette étude visait à décrire les aspects épidémiologiques, cliniques et thérapeutiques de la maladie de Parkinson idiopathique dans trois CHU de Côte d’Ivoire. Méthodes : Étude rétrospective descriptive multicentrique menée dans les services de neurologie des CHU de Cocody, Treichville et Bouaké, portant sur les dossiers des patients suivis pour une maladie de Parkinson idiopathique entre le 1er janvier et le 31 décembre 2024. Résultats : Quatre-vingt-sept patients ont été inclus, soit une fréquence hospitalière de 1,14 %. On notait une prédominance masculine (sex-ratio H/F = 2,0) et un âge moyen de 65,7 ± 9,8 ans. L’hypertension artérielle était l’antécédent le plus fréquent (43,7 %). Le tremblement au repos était le premier signe fonctionnel (72,4 %) et le signe moteur le plus fréquent à l’examen (92,0 %). La lévodopa était le traitement le plus utilisé (83,9 %). L’observance thérapeutique était régulière chez seulement 42,9 % des patients. Une stabilisation des symptômes était observée chez 44,8 % des patients, une amélioration chez 37,9 % et une aggravation chez 13,8 %. Conclusion : Cette étude multicentrique décrit le profil des patients parkinsoniens en Côte d’Ivoire, marqué par une prédominance masculine et une observance thérapeutique insuffisante. Ces résultats appellent à améliorer l’accès aux soins et l’éducation thérapeutique. Mots-clés : maladie de Parkinson, épidémiologie, clinique, traitement, Côte d’Ivoire. Abstract Introduction: Idiopathic Parkinson’s disease is the second most common neurodegenerative disorder after Alzheimer’s disease. Data on this condition remain limited in sub-Saharan Africa. This study aimed to describe the epidemiological, clinical and therapeutic features of idiopathic Parkinson’s disease in three university hospitals in Côte d’Ivoire. Methods: This was a multicenter retrospective descriptive study conducted in the neurology departments of Cocody, Treichville and Bouaké University Hospitals, based on the records of patients followed for idiopathic Parkinson’s disease between January 1 and December 31, 2024. Results: Eighty-seven patients were included, giving a hospital frequency of 1.14%. A male predominance was noted (M/F sex ratio = 2.0), with a mean age of 65.7 ± 9.8 years. Hypertension was the most common comorbidity (43.7%). Resting tremor was the most frequent first symptom (72.4%) and the most common motor sign on examination (92.0%). Levodopa was the most widely used treatment (83.9%). Only 42.9% of patients showed regular treatment adherence. Symptom stabilization was observed in 44.8% of patients, improvement in 37.9%, and worsening in 13.8%. Conclusion: This multicenter study describes the profile of Parkinson’s disease patients in Côte d’Ivoire, marked by male predominance and poor treatment adherence. These findings call for improved access to care and patient education. Keywords: Parkinson’s disease, epidemiology, clinical features, treatment, Côte d’Ivoire. Introduction La maladie de Parkinson (MP) est la deuxième affection neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer, touchant environ 1 % de la population au-delà de 60 ans [3]. Sa prévalence est en constante augmentation en raison du vieillissement démographique mondial [8], y compris en Afrique subsaharienne où la transition épidémiologique s’accélère [7]. Les rares études disponibles suggèrent une sous-estimation de sa fréquence, liée aux difficultés d’accès aux soins neurologiques et à une méconnaissance de la maladie au sein des populations [1]. En Côte d’Ivoire, les données hospitalières concernant la maladie de Parkinson et les syndromes parkinsoniens restent limitées et reposent essentiellement sur quelques séries hospitalières et communications scientifiques [4]. Face à ce constat, il nous a paru important de décrire les aspects épidémiologiques, cliniques et thérapeutiques de la maladie de Parkinson idiopathique dans trois CHU de référence (Cocody, de Treichville et de Bouaké), afin de contribuer à une meilleure connaissance de cette affection en milieu ivoirien. Méthodologie Il s’agissait d’une étude rétrospective descriptive multicentrique réalisée dans les services de neurologie des CHU de Cocody, Treichville et Bouaké. L’étude a porté sur les dossiers des patients suivis pour une maladie de Parkinson idiopathique entre le 1er janvier et le 31 décembre 2024. Ont été inclus les dossiers des patients dont le diagnostic de maladie de Parkinson idiopathique avait été retenu par un neurologue et consigné dans le dossier médical durant la période d’étude. Les dossiers des patients présentant un syndrome parkinsonien atypique, un parkinsonisme secondaire ou des données insuffisantes pour l’analyse ont été exclus. Les données ont été recueillies à partir des dossiers médicaux à l’aide d’une fiche d’enquête standardisée. Les variables étudiées comprenaient les caractéristiques sociodémographiques, les antécédents médicaux, les données cliniques, les modalités thérapeutiques et les données évolutives. La confidentialité des données a été respectée grâce à l’anonymisation des fiches d’enquête et des dossiers médicaux exploités. Résultats Parmi les 7608 patients reçus dans les services de neurologie des trois CHU durant l’année 2024, 87 présentaient une maladie de Parkinson idiopathique, soit une fréquence hospitalière de 1,14 %. Caractéristiques sociodémographiques Le Tableau I présente les caractéristiques sociodémographiques de la population étudiée. On notait une prédominance masculine avec 58 hommes (66,7 %) pour 29 femmes (33,3 %), soit un sex-ratio H/F de 2,0. L’âge moyen était de 65,7 ± 9,8 ans, avec une médiane de 64 ans et des extrêmes allant de 40 à 95 ans. La tranche d’âge la plus représentée était celle des 60-69 ans (41,4 %), suivie des 70-79 ans (27,6 %). Les patients mariés étaient majoritaires (77,0 %). Le niveau d’instruction tertiaire était le plus fréquent (36,8 %). Sur le plan professionnel, les fonctionnaires retraités représentaient la profession la plus fréquente (28,7 %), suivis des ménagères (19,5 %) et des agriculteurs (18,4 %). ![]() ![]() Données cliniques La durée moyenne d’évolution de la maladie était de 3,8 ± 2,5 ans (extrêmes : 1-13 ans). L’hypertension artérielle était l’antécédent le plus fréquemment retrouvé, présent chez 38 patients (43,7 %). Suivaient la consommation d’alcool (14,9 %), le diabète (10,3 %), les antécédents d’AVC (10,3 %), les cas familiaux de Parkinson (10,3 %), la démence familiale (10,3 %), le traumatisme crânien (9,2 %) et l’usage des pesticides (9,2 %). Le Tableau II détaille la répartition des antécédents. ![]() AVC* : Accident vasculaire cérébral ; VIH : Virus de l’immunodéficience humaine. Les pourcentages sont calculés sur l’effectif total (N=87) Caractéristiques cliniques Le tremblement au repos était le premier signe fonctionnel d’appel dans 72,4 % des cas. Au moment de l’examen, le tremblement au repos demeurait le signe moteur le plus fréquent (92,0 %), suivi de la bradykinésie (66,7 %), de la rigidité musculaire (60,9 %) et de la marche à petit pas (48,3 %). Parmi les signes non moteurs, les troubles autonomes étaient les plus fréquents (28,7 %), devant les troubles de l’humeur (26,4 %), les troubles du sommeil (16,1 %) et les troubles cognitifs (14,9 %). Le Tableau III récapitule les données cliniques. ![]() Prise en charge thérapeutique et évolution Sur le plan médicamenteux, la lévodopa (Sinemet ou Modopar) était prescrite chez 73 patients (83,9 %), les anticholinergiques chez 58 patients (66,7 %) et les agonistes dopaminergiques chez 16 patients (18,4 %). Des effets indésirables étaient rapportés chez 43 patients (49,4 %), dominés par les polyarthralgies (23,0 %), les nausées (8,0 %) et les vertiges (8,0 %). Concernant le traitement non médicamenteux, la rééducation fonctionnelle (kinésithérapie ou orthophonie) était réalisée chez 51,7 % des patients et la psychothérapie de soutien chez 20,7 %. L’observance thérapeutique, évaluée chez 49 patients pour lesquels la donnée était disponible, était régulière chez 42,9 %, irrégulière chez 42,9 % et nulle (arrêt du traitement) chez 14,3 %. Sur le plan évolutif, une stabilisation des symptômes était observée chez 44,8 % des patients, une amélioration chez 37,9 % et une aggravation chez 13,8 %. Le Tableau IV résume les données thérapeutiques et évolutives. ![]() Discussion Atteinte des objectifs Cette étude avait pour objectif de décrire les aspects épidémiologiques, cliniques et thérapeutiques de la maladie de Parkinson idiopathique dans les trois CHU publics de Côte d’Ivoire disposant d’un service de neurologie. Cet objectif a été globalement atteint à travers l’analyse de 87 patients, permettant de préciser leur profil sociodémographique, les principaux antécédents, les manifestations motrices et non motrices, les modalités thérapeutiques ainsi que l’observance et l’évolution clinique. La prédominance masculine, l’âge moyen de 65,7 ± 9,8 ans, la fréquence élevée de l’hypertension artérielle, la prédominance du tremblement au repos et l’utilisation majoritaire de la lévodopa constituent les principaux résultats de cette étude. Données épidémiologiques Notre effectif de 87 patients est comparable à ceux rapportés au Sénégal (28 patients) [3] et au Bénin (59 patients) [8]. La prédominance masculine (sex-ratio H/F = 2,0) rejoint les données du Mali (1,74) [7], du Bénin (3,2) [8] et du Nigeria [1], contrairement à la série sénégalaise de Ba et al. [3]. L’âge moyen de 65,7 ± 9,8 ans est proche de celui rapporté au Mali (63,2 ans) [7], avec une prédominance des 60-69 ans (41,4 %), confirmant la prédominance de la maladie chez le sujet âgé [3,7]. Un profil comparable a été rapporté à Madagascar [9]. À l’échelle mondiale, l’augmentation de la prévalence est notamment liée au vieillissement démographique [6]. Facteurs de risque et antécédents L’hypertension artérielle était l’antécédent le plus fréquent (43,7 %). L’exposition aux pesticides et le traumatisme crânien étaient retrouvés chez 9,2 % des patients chacun. Au Nigeria, des associations avec certaines expositions professionnelles, notamment le travail de forge, ont été rapportées [2]. La proportion d’agriculteurs dans notre série (18,4 %) souligne ainsi l’intérêt des facteurs environnementaux. Les antécédents familiaux de maladie de Parkinson concernaient 10,3 % des patients, contre 7,3 % au Mali [7] et une fréquence moindre dans une cohorte nigériane [1]. Caractéristiques cliniques Le tremblement au repos était le principal signe révélateur (72,4 %), contrairement à la prédominance de l’akinésie et de l’hypertonie rapportée chez les sujets âgés au Sénégal [3]. Les principaux signes moteurs étaient le tremblement (92,0 %), la bradykinésie (66,7 %) et la rigidité (60,9 %), résultats comparables aux données nigérianes [1]. Les troubles de l’humeur (26,4 %) et du sommeil (16,1 %) étaient les principaux signes non moteurs, ces derniers rejoignant les observations sénégalaises [5]. Ces résultats soulignent l’importance d’une prise en charge globale des patients parkinsoniens. Traitement et observance La lévodopa était le traitement le plus utilisé (83,9 %), souvent associée aux anticholinergiques (66,7 %). Cette prédominance est également rapportée dans les autres séries africaines, en raison de son accessibilité et de son coût relativement faible. Les agonistes dopaminergiques étaient peu prescrits (18,4 %). Des effets indésirables étaient rapportés par 49,4 % des patients, principalement des polyarthralgies (23,0 %), des nausées (8,0 %), des vertiges (8,0 %) et des hallucinations (5,7 %). La rééducation fonctionnelle concernait 51,7 % des patients. Parmi les 49 patients pour lesquels l’information était disponible, 42,9 % suivaient régulièrement leur traitement, tandis que 57,2 % avaient une observance irrégulière ou avaient interrompu leur traitement. Cette faible observance, déjà rapportée dans d’autres études africaines [8,7], constitue un obstacle important à la prise en charge. Évolution clinique Une stabilisation des symptômes était observée chez 44,8 % des patients, une amélioration chez 37,9 % et une aggravation chez 13,8 %. Ces résultats sont proches de ceux rapportés au Mali, où une évolution stable était notée dans 43,8 % des cas [7]. L’aggravation observée chez certains patients pourrait être liée à une observance insuffisante du traitement. Suggestions Au terme de cette étude, plusieurs recommandations peuvent être formulées à différents niveaux. Sur le plan diagnostique, il convient de renforcer la formation des médecins généralistes et des neurologues à la reconnaissance précoce des signes moteurs et non moteurs de la maladie de Parkinson, afin de réduire les délais de diagnostic. L’accès à des examens complémentaires spécialisés tels que le DaT-SCAN devrait être progressivement développé dans nos structures hospitalières pour améliorer la précision diagnostique, en particulier dans les formes atypiques ou de début précoce. Sur le plan thérapeutique, une meilleure disponibilité et accessibilité financière des agonistes dopaminergiques et des traitements adjuvants permettrait de diversifier les options thérapeutiques actuellement dominées par la lévodopa. La mise en place de programmes d’éducation thérapeutique des patients et de leurs aidants apparaît indispensable pour améliorer l’observance, qui demeure insuffisante dans notre série. Conclusion Cette étude multicentrique décrit le profil des patients atteints de maladie de Parkinson idiopathique suivis dans les trois CHU publics de Côte d’Ivoire. La maladie concernait principalement des hommes âgés de plus de 60 ans et se caractérisait par une prédominance du tremblement de repos. La lévodopa restait le traitement le plus utilisé, mais l’observance thérapeutique demeurait insuffisante. Ces résultats soulignent la nécessité d’améliorer l’accès aux soins, aux traitements et à l’éducation thérapeutique des patients. Des études prospectives sont nécessaires pour mieux comprendre l’évolution de la maladie dans notre contexte. Conflit d’intérêt : aucun Références 1- Adoukonou T, Agbétou M, Tognon-Tchégnonsi F, Accrombessi D, Houinato D. La maladie de Parkinson en milieu tropical, cas du Bénin. Rev Neurol (Paris). 2017;173(4):230-235. 2- Akinyemi RO, Okubadejo NU, Ogunniyi A. Epidemiology of Parkinsonism and Parkinson’s disease in Sub-Saharan Africa: Nigerian profile. 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