AJNS
MYASTHENIE ET SARCOÏDOSE : A PROPOS D’UN CAS ET REVUE DE LA LITTERATURE

INTRODUCTION

La myasthénie grave est une maladie auto-immune de la jonction neuromusculaire (8). Il s’agit d’une affection rare, dont la prévalence est estimée entre 45 et 142 cas pour 1 000 000 d’habitants. Elle peut survenir à tout âge, avec une nette prédominance féminine (6). Dans de rares cas, la myasthénie grave peut être associée à d’autres maladies auto-immunes telles que la thyroïdite de Hashimoto, le lupus érythémateux, la polyarthrite rhumatoïde ou le diabète juvénile (3). L’association entre la myasthénie grave et la sarcoïdose est encore plus exceptionnelle (4). Nous rapportons ici un cas illustrant cette association.

OBSERVATION

Monsieur XY, 29 ans, douanier de profession, a été reçu en consultation neurologique pour une vision dédoublée des objets surtout lors des contrôles de bagage sur l’écran du scanner, une modification du timbre de la voix ainsi qu’une faiblesse musculaire généralisée s’aggravant à l’effort. Cette consultation, effectuée le 29 décembre 2022, a permis de relever des épisodes rares de fausses routes ainsi qu’un ptosis en cas de fatigue extrême. L’examen clinique était normal. Le diagnostic de myasthénie grave a alors été envisagé. Un test à la prostigmine a été réalisé lors d’un épisode de fatigue associé à un ptosis, avec une régression marquée des signes. La recherche de l’anticorps anti-récepteur de l’acétylcholine (Ac anti-RACH) s’est révélée positive avec un titre de 0,8 nmol/ml (valeur normale < 0,2 nmol/ml). L’électromyogramme a montré une diminution modérée du potentiel moteur à la stimulation répétitive, de l’ordre de 9 %. Le scanner thoracique était revenu normal. Le patient a été mis sous pyridostigmine 60 mg comprimé à raison de un comprimé par 8 heures. L’évolution a été marquée par une régression des symptômes avec quelques épisodes de poussées. Trois ans plus tard, en Août 2025, le patient est revenu en consultation pour une dyspnée précédée depuis trois mois de toux sèche, résistante au traitement symptomatique ainsi qu’une fatigue survenant sans le moindre effort avec des épisodes de fièvre et de sueurs nocturnes. Une consultation pneumologique fut alors faite et permis de classer la dyspnée en stade 1 selon Sadoul.

La radiographie pulmonaire de face (figure 1) montra un épaississement pleural droit d’aspect nodulaire sur poumon homolatéral retracté faisant évoquer une lésion pleurale ou tumorale.

Le scanner thoracique demandé (figure 2) révéla des épaississements nodulaires diffus pleuraux droits discrètement rehaussés après injection du produit de contraste, responsable d’un effet de masse sur les structures médiastinales refoulées à gauche associée à des adénopathies médiastinales antérieures avec une infiltration de la graisse extrapleurale et un épanchement pleural de minime abondance homolatérale. Devant cet aspect scanographique, une fibroscopie bronchique fut réalisée montrant  une muqueuse bronchique légèrement inflammatoire dans son ensemble avec épaississement des éperons de division entre la lobaire supérieur et moyen à droite et entre le culmen et la lingula à gauche siège de biopsie pour l’examen anatomo-pathologique sur les pièces  ainsi que le genexpert du liquide broncho-alvéolaire. La recherche de tuberculose revint négative.

L’examen anatomo-pathologique des pièces biopsiques a permis de mettre en évidence la présence de granulomes épithélioïdes et giganto-cellulaires sans nécrose caséeuse (figure 3). L’examen de la peau et des phaners ainsi qu’une consultation ophtalmologique étaient normaux. La consultation rhumatologique était sans particularité. L’IRM cérébrale était normale. La spirométrie a révélé une CVF (FVCI) à 52 %, un VEMS (FEV1) à 63 %, VEMS/CVF> LIN avec absence de gain après bêta-2 mimétiques. Les données gazométriques étaient les suivantes : PaO₂ = 59 %, PaCO₂ = 54 %, pH = 7,39, Hb = 14,3 g/dl, HCO₃⁻ = 32 mmol/l. La calcémie était à 117mg/l ( 90-110 mg/l) l’IDR à la tuberculine est négative et le dosage de parathormone était revenu normal. Le diagnostic de sarcoïdose a été retenu chez notre patient. Un traitement par pyridostigmine 60 mg toutes les 8 heures et prednisolone à dose dégressive avec une dose d’entretien de 20 mg per os le matin au cours du repas a été instauré ainsi qu’un régime alimentaire pauvre en calcium et une exposition limitée au soleil. Ce traitement a permis une stabilisation de l’état clinique du patient sous surveillance multidisciplinaire.

DISCUSSION

Il est bien connu que des troubles de la réponse immunitaire peuvent coexister chez certains patients (12). Lorsque deux ou plusieurs maladies d’origine indéterminée sont retrouvées, plusieurs questions intéressantes se posent. Il est important de confirmer d’abord les diagnostics individuellement. Il est difficile d’aborder les mécanismes immunologiques qui déclenchent l’apparition de ces diagnostics ensemble. Bien que la coexistence de la MG et de la sarcoïdose puisse être une coïncidence, il convient de signaler ce cas en raison des multiples caractéristiques intéressantes observées ainsi que de la rareté de leur apparition. En effet, la survenue d’épisodes de fatigue chez un sujet myasthénique est souvent mise sur le compte d’une poussée myasthénique ce qui peut être source d’errance diagnostique. De même la survenue d’une hypercalcémie chez un sujet myasthénique peut orienter vers un trouble du métabolisme phospho-calcique en rapport avec une pathologie de la glande parathyroïde (13). Par ailleurs, la  neurosarcoïdose est une complication chez 5 % des patients atteints de sarcoïdose (11). Les manifestations neurologiques les plus courantes de la sarcoïdose sont les neuropathies crâniennes dues à une méningite basale chronique. Le nerf facial est le plus souvent touché, parfois de manière bilatérale. Le nerf optique peut également être hypertrophié ou atrophié (2). L’examen ophtalmologique chez notre patient a révélé un fond d’œil normal ainsi que les nerfs oculomoteurs et il n’y avait aucun signe d’uvéite. Les autres nerfs crâniens étaient normaux aussi. L’IRM cérébrale n’a montré aucun signe de sarcoïdose. Toutes ces caractéristiques suggéraient la faible probabilité d’une neurosarcoïdose. Ainsi, l’hypercalcémie peut survenir dans les troubles formant un granulome tels que la sarcoïdose, en raison de la production rénale supplémentaire de 1,25-dihydroxyvitamine D. La libération de la PTH est inhibée par l’hypercalcémie et des niveaux élevés de calcitriol, ce qui explique la suppression du taux de PTH dans la sarcoïdose (5). Chez notre patient, le taux de PTH était normal, ce qui exclut une hyperparathyroïdie coexistante. La MG est une maladie auto-immune induite par l’apparition d’anticorps anti-acétylcholine Une dysrégulation des lymphocytes T est observée dans le sang périphérique (10). D’autre part, la sarcoïdose est une maladie systémique caractérisée par la formation de lésions granulomateuses à cellules épithélioïdes non accompagnées de nécrose, et sa pathogenèse n’est pas claire. Cependant, des informations récentes ont suggéré le mécanisme suivant de l’établissement des lésions granulomateuses des cellules épithélioïdes, bien que les détails soient encore inconnus (7). Les lymphocytes T sont activés après une stimulation non spécifique ou une stimulation en réponse immunitaire à une cause inconnue, et les lymphocytes T activés s’accumulent dans la lésion. Ces lymphocytes T accumulés produisent des lymphokines qui vont favoriser la différenciation des monocytes/macrophages en cellules épithélioïdes, ce qui entraîne la formation d’un granulome épithélioïde (7). Ceci parce que, le thymus joue un rôle important dans la différenciation et la croissance des lymphocytes T, on suppose que la MG en tant que « cause inconnue » active la lignée des lymphocytes T, induisant la formation de lésions de sarcoïdose. Toutefois, certains auteurs ont rapporté une sarcoïdose durant la période de rémission de la MG (1) d’autres une sarcoïdose pendant la période une poussée myasthénique (9) voire une régression de la MG et de la sarcoïdose après thymectomie (9). Le traitement de la myasthénie grave associée à la sarcoïdose repose en partie sur les mêmes molécules. Ainsi, notre patient a été mis sous anticholinestérasique (pyridostigmine), corticoïde (prednisolone). Nous sommes dans l’attente d’un avis spécialisé en immunologie, compétence qui fait actuellement défaut au Togo.

CONCLUSION

La myasthénie associée à la sarcoïdose est rare, mais doit être évoqué devant une myasthénie grave associée à des manifestations pulmonaires. Dans le contexte de la pandémie de VIH et de nouvelles pathologies émergentes en Afrique noire, il serait pertinent d’explorer systématiquement les liens possibles entre l’infection par le VIH ou des nouvelles pathologies, les infections pulmonaires associées et la survenue éventuelle de myasthénie grave associée à la sarcoïdose, afin d’optimiser la prise en charge des patients.

LA NEUROPHOBIE CHEZ LES MÉDECINS URGENTISTES ET INTERNES AUX URGENCES MÉDICALES DANS LES HOPITAUX TERTIAIRES D’ABIDJAN EN 2024

INTRODUCTION

La neurophobie, ou crainte disproportionnée envers la neurologie, reste une problématique importante dans la formation médicale. Définie initialement par Jozefowicz, elle est liée à la complexité perçue des concepts neurologiques, à la difficulté des examens cliniques et au manque d’exposition pratique [4]. La littérature récente suggère qu’elle touche environ 30 % des étudiants en médecine, un tiers des médecins en début de carrière et des médecins généralistes [7]. En côte d’ivoire, la neurophobie concernait 27,4% des étudiants à Abidjan [5]. Ce phénomène, bien décrit chez les étudiants en médecine, pourrait également concerner les médecins urgentistes et internes, des acteurs clés dans la gestion des urgences médicales dans notre système de santé.

Les urgences médicales constituent souvent le premier recours des patients souffrant d’affections neurologiques aiguës, nécessitant des décisions rapides et précises. Les services d’urgence (SU) dans le monde entier constituent un maillon vital entre la prise en charge pré hospitalière et l’hospitalisation des consultants [10]. Les médecins urgentistes et les internes des hôpitaux constitue le personnel médical de premier contact devant débuter en urgence la prise en charge des patients admis aux urgences médicales pour des affections neurologiques engageant le plus souvent le pronostic vital et fonctionnel des patients. Les urgences neurologiques constituent une activité conséquente dans les services d’urgences et les pathologies rencontrées sont très diverses et sont susceptibles d’entraîner une morbi-mortalité non négligeable si la prise en charge médicale n’est pas optimale dès les premières heures [6].    Selon l’OMS, les troubles neurologiques dépassent 6,3 % de la morbidité et 12 % de la mortalité dans le monde [9]. Ces chiffres ne feront qu’augmenter au fil des années [8]. La complexité décriée de la neurologie [2], pourrait de ce fait représenter un possible frein à la prise en charge optimale des patients avec des affections neurologiques. Forts de ce constat, nous avons réalisé ce travail dont l’objectif a été d’étudier la prévalence de la neurophobie chez les médecins urgentistes et internes aux urgences médicales des hôpitaux tertiaires d’Abidjan.

MÉTHODOLOGIE

  • Type et population de l’étude

Il s’est agi d’une étude transversale menée sur une période de six mois allant de janvier à juin 2024. Nous avons réalisé un échantillonnage exhaustif auprès des médecins urgentistes et internes des hôpitaux qui ont assurés des astreintes et des gardes aux urgences médicales des CHU d’Abidjan. Les CHU de Cocody, de Treichville et d’Angré ont été les CHU de la ville d’Abidjan avec des urgences médicales fonctionnelles au cours de la période d’étude. La médecine d’urgence est une spécialité récente en Côte d’ivoire de ce fait elle est peu connue et donc il y’a peu de médecins spécialistes en la matière. Les urgences médicales fonctionnent avec plusieurs équipes médicales et paramédicales assurant les astreintes de jour et les gardes de nuit. Les internes des hôpitaux représentent encore les pierres angulaires sur lesquelles repose le fonctionnement des urgences médicales . Nous avons inclus dans notre travail, tous les médecins urgentistes et internes des hôpitaux pour qui un consentement été obtenu.

  • Recueil des données

Les données ont été collectées via un questionnaire en ligne, conçu avec le logiciel Google Forms. Ce formulaire a été envoyé de façon individuelle et collective (plateforme d’échange Whatsapp), aux médecins urgentistes et aux internes des hôpitaux via l’application wathsapp. Nous avons recueilli les données socio démographiques (l’âge, le sexe, le nombre d’année d’expérience professionnelle) et l’évaluation de la neurophobie a été faite à l’aide du score neuroQ. Il s’agit d’un score validé pour apprécier la neurophobie [12]. Ce score repose sur 5 items (1- Je trouve que les concepts en neurologie sont difficiles à comprendre ; 2- J’ai confiance en ma capacité à comprendre la neurologie ; 3- En comparaison aux autres spécialités de médecine, je trouve que la neurologie est plus compliquée ; 4- J’ai confiance en ma capacité à étudier la neurologie ; 5- Je trouve qu’il est difficile d’appliquer les connaissances théoriques en neurologie à l’examen clinique du patient). Les réponses pour chaque item sont cotées de 1 à 5. Le score minimal est de 5 et le score maximal et de 25. Un sujet avec un score supérieur à 16 a été considéré comme neurophobe et un score supérieur à 18 a été qualifié de neurophobie sévère.

Le questionnaire a été préalablement validé par les investigateurs. A partir du logiciel Google forms, les données ont été exportées et analysées sur Microsoft Excel. Pour les variables quantitatives, nous avons calculé des moyennes, des écarts-types et des intervalles de confiance. En ce qui concerne les variables qualitatives nous avons rapporté les fréquences. Les moyennes ont été comparées à l’aide du test de T-student.

Considérations éthiques

Les autorisations nécessaires auprès des autorités compétentes ont été obtenues avant la réalisation de l’étude. Les participants ont été informés de la nature de l’étude et ont donné leur consentement éclairé avant de remplir le questionnaire. L’anonymat et la confidentialité des répondants ont été strictement respectés tout au long du processus de collecte et d’analyse des données.

RÉSULTATS

Nous avons obtenu 59 réponses sur une population de 83 médecins internes et urgentistes aux urgences médicales sur notre période d’étude soit 71,08% de taux de réponses.

Caractéristiques sociodémographiques

La majorité des répondants étaitdes internes soit 51 sujets (86,44%), tandis que 8 (13,56 %) étaient des médecins urgentistes. L’âge moyen des participants était  de 29,74 ans avec des extrêmes allant de 23 à 56 ans. Notre population d’étude a été constituée de 31 (52,54%) sujets de sexe masculin et de 28 (47,46%) sujet de sexe féminin. La moyenne du nombre d’années d’expérience professionnelle était de 3,27 (+/- 1,99) ans avec des extrêmes de 1 an à 10 ans. Plus de la moitié des sujets soit 53 (89,83%) avait moins de 5 années d’expérience professionnelle (figure 1).

Prévalence de la neurophobie

L’analyse des différents items du score neuroQ (figure 2) a permis de déterminer les resultats par item suivant : A l’item « Je trouve que les concepts en neurologie sont difficiles à comprendre », nous avons noté 13 sujets d’accord, 4 sujets tout à fait d’accord, 32 sujets pas d’accord, 3 sujets fortement en désaccord et 7 sujets ni d’accord ni en désaccord. En ce qui a concerné l’item « J’ai confiance en ma capacité à comprendre la neurologie » ; nous avons noté 29 sujets d’accord, 24 sujets tout à fait d’accord, 2 sujets pas d’accord et 4 sujets ni d’accord ni en désaccord. A l’intitulé « En comparaison aux autres spécialités de médecine, je trouve que la neurologie est plus compliquée »; nous avons noté 16 sujets d’accord, 4 sujets tout à fait d’accord, 27 sujets pas d’accord, 3 sujets fortement en désaccord et 9 sujets ni d’accord ni en désaccord. Portant sur l’item « J’ai confiance en ma capacité à étudier la neurologie »; nous avons noté 38 sujets d’accord, 16 sujets tout à fait d’accord, 2 sujets pas d’accord, 2 sujets fortement en désaccord et 1 sujets ni d’accord ni en désaccord. A l’item « Je trouve qu’il est difficile d’appliquer les connaissances théoriques en neurologie à l’examen clinique du patient »,  nous avons noté 16 sujets d’accord, 2 sujets tout à fait d’accord, 24 sujets pas d’accord, 6 sujets fortement en désaccord et 11 sujets ni d’accord ni en désaccord .

L’analyse du score de neuroQ a permis de retrouver 55 sujets non neurophobes soit 93,22% des cas (Tableau 1). Nous avons noté 4 sujets neurophobes (6,78%) parmi lesquels un seul avait une neurophobie marquée. Il n’y pas eu de différence statistiquement significative des moyennes des scores neuroQ entre les internes et les médecins urgentistes au seuil alpha de 5% (p=0,30). A la question de savoir pourquoi la neurologie était considérée comme une matière difficile, les principales raisons évoquées (figure 3) ont été : le besoin de connaitre la neuro anatomie (n=31) ; le besoin de connaitre la neurophysiologie (n=24) et le besoin d’être en situation pratique (n=21).

Discussion

Ampleur de la neurophobie

Notre étude a permis de noté 6,78% de sujets neurophobes. Selon une revue systématique et méta-analyse de la littérature en 2024, la neurophobie est largement répandue chez les étudiants et les jeunes médecins, sa prévalence globale est estimée à 46% [3]. Dans une étude réalisée chez les médecins résidents aux urgences à Aragon, 27,6% [13] des médecins déclaraient souffrir de neurophobie. Cette différence de prévalence avec nos résultats pourrait être en lien avec les différences méthodologiques notamment sur les scores utilisés et sur la définition de la neurophobie selon les scores . Dans l’étude menée aux urgences d’Aragon, [13], en comparant la neurologie avec les autres spécialités, il était devenu évident que la neurologie se démarque de manière significative. Elle était perçue comme la discipline la plus difficile et c’était l’une des spécialités où ils se sentaient le plus incertains lors de la pose d’un diagnostic ou d’un examen physique [13]. Dans notre contexte de travail, peu d’études se sont intéressées à la neurophobie chez les étudiants en médecine, afin d’en apprécier l’évolution et les retentissements chez les médecins titulaires.

Raison de la neurophobie

Le besoin de connaitre la neuro anatomie; le besoin de connaitre la neurophysiologie et le besoin d’être en situation pratique ; ont été les principales raisons de la neurophobie dans notre travail. Cette étude représente la première étude réalisée sur la neurophobie chez les médecins aux urgences médicales en Côte d’ivoire. Une étude réalisée chez les étudiants en médecine à Abidjan a noté comme raisons principales de la neurophobie : le besoin de connaitre les bases des neurosciences, le besoin d’être en situation pratique et la complexité de l’examen clinique [5]. Bien vrai que la prévalence de la neurophobie soit plus faible dans notre étude, les raisons de celle-ci ne semblent pas différer de celles des autres études. Ainsi, dans l’étude réalisée chez les médecins urgentistes à Aragon [13] les principales raisons identifiées comme causes de leurs craintes et de leurs difficultés à l’égard de la neurologie étaient le type de patients et de diagnostic (62 ; 46 %), l’enseignement principalement théorique pendant leurs années universitaires (61 ; 46 %), suivi de la complexité des neurosciences fondamentales (physiologie, biologie et biochimie) (54 ; 40 %) et de l’exposition limitée aux patients neurologiques (49 ; 37 %). La revue systématique et méta-analyse de la littérature [3] avait noté en ce qui les raisons de la neurophobie, une association significative entre la difficulté et la complexité de la neuroanatomie, la nécessité de connaître les neurosciences de base, l’enseignement insuffisant et l’exposition limitée aux patients neurologiques. La prise en compte des raisons de la neurophobie devrait permettre aux systèmes éducatifs de mieux orienter le contenu et les axes de formation de la neurologie.

Conséquence de la neurophobie

Les cliniciens atteints de neurophobie peuvent se sentir mal à l’aise de gérer les maladies neurologiques, ce qui peut entraîner des références inutiles et des soins fragmentés pour les patients [11]. La neurophobie chez les médecins urgentistes et les internes des hôpitaux aux urgences médicales pourraient concourir à un retard ou un défaut de prise en charge en lien avec un défaut d’interprétation des symptômes et des signes présentés par les patients. Un autre effet indésirable de la neurophobie est celui de « trop de médicaments » associé à des examens paracliniques de plus en plus puissants mis au point pour le diagnostic d’affection neurologique. Ainsi, un manque de neurologues et une neurophobie de la part d’autres médecins, entraîneront une utilisation abusive et mal dirigée de ces examens paracliniques si les médecins ne sont pas correctement formés, en particulier dans les soins primaires [1].

Dans des pays avec des ressources limités et des populations avec des revenus faibles, l’accent devrait donc être mis sur l’amélioration de la formation aussi bien pré et post doctoral afin non seulement d’atténuer la neurophobie mais aussi, de limiter les dépenses liées aux soins et améliorer la prise en charge des patients.

Conclusion

La neurophobie est un phénomène mondial qui influence les étudiants en médecine au cours de leur étude médicale mais aussi les médecins dans leur activité. Les patients de neurologie aux urgences posent le problème de pronostic vital nécessitant des prises de décision rapides . La neurophobie pourrait avoir un impact sur la prise en charge des patients aux urgences médicales présentant des affections neurologiques. La connaissance des facteurs incriminés de la neurophobie devrait permettre aux systèmes éducatifs d’élaborer des stratégies en vue de leur réduction.

Conflit d’intérêt : les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt.

L’ENFANT ET LES INFECTIONS AU CŒUR DES AFFECTIONS NEUROLOGIQUES

Les récentes données du Global Burden of Diseases indiquent que les accidents vasculaires cérébraux constituent la deuxième cause de décès dans le monde (1). La mortalité par les AVC a globalement diminué dans le monde de 15,6% entre 2000 et 2023 mais elle a plutôt augmenté de 36,3% en Afrique subsaharienne (1). Ces données incitent à des réflexions et des actions courageuses. La population africaine est jeune et la moyenne d’âge de survenue des AVC y est de 57-58ans (soit 15 ans de moins qu’en occident). Dans cette région les AVC des enfants ne sont pas rares avec des caractéristiques spécifiques qui sont rapportées dans ce numéro. Les complications des AVC et surtout les états infectieux sont si fréquents dans les services de neurologie en Afrique. Il importe des actions de réorganisation des soins et de structuration des filières pour une prise en charge intégrée et holistiques des affections neurologiques. Les différents acteurs sont appelés à une réflexion approfondie sur ces thématiques.

Le lecteur découvrira dans ce numéro la diversité des travaux de recherche dans le domaine des neurosciences en Afrique.

Bonne lecture

LES ACCIDENTS VASCULAIRES CEREBRAUX DES ENFANTS DANS LES CENTRES HOSPITALIERS UNIVERSITAIRES DU TOGO DURANT 5 ANS : ASPECTS EPIDEMIOLOGIQUE, CLINIQUE ET THERAPEUTIQUE.

Introduction

Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) représentent un véritable enjeu de santé publique dans le monde (14). En 2019, l’incidence mondiale des AVC était estimée à 12,2 millions, la prévalence à 101 millions et la mortalité à 6,55 millions (7). En Afrique subsaharienne, l’âge moyen de survenue des AVC chez l’adulte est de 53 ans (5). Toutefois, il existe encore peu d’études consacrées aux AVC pédiatriques dans cette région (1,6,9,12,13). Malgré cette rareté, les AVC de l’enfant ne sont pas moins graves, car ils sont responsables de nombreuses séquelles. En effet, la lésion cérébrale survient sur un cerveau en développement, et les conséquences motrices, intellectuelles, comportementales, psychologiques ou adaptatives peuvent n’apparaître que plusieurs années après l’accident (2). Il apparaît donc essentiel de mieux connaître les spécificités de cette pathologie chez l’enfant, afin d’améliorer la prise en charge, notamment à la phase aiguë, mais aussi de renforcer les stratégies de prévention.

Méthodologie

Les services de pédiatrie du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) Campus, du CHU Sylvanus Olympio (SO) et du CHU Kara au Togo ont constitué le cadre de l’étude. Les CHU Campus et SO sont situés à Lomé, capitale du pays au sud, tandis que le CHU Kara se trouve dans la ville de Kara au nord. Il s’est agi d’une série de cas rétrospective, couvrant la période du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2024 (5 ans). L’étude a porté sur 34 patients hospitalisés pour AVC dans les services de pédiatrie des trois CHU.

🔸 Critères d’inclusion et d’exclusion

  • Inclus : tous les patients âgés de 1 jour à 18 ans, hospitalisés pour AVC confirmé par tomodensitométrie (TDM) ou imagerie par résonance magnétique (IRM), avec consentement éclairé des parents et accord du comité d’éthique.
  • Exclus : les patients dont le diagnostic d’AVC n’était pas confirmé par TDM ou IRM.

🔸 Outil de collecte

Les données ont été recueillies à l’aide d’une fiche de collecte standardisée de type questionnaire, préétablie à partir des dossiers médicaux. Cette fiche structurée a permis de relever de manière systématique les informations sociodémographiques, cliniques, paracliniques et thérapeutiques.

🔸 Variables étudiées

  • Variables indépendantes (facteurs explicatifs) :
    • Caractéristiques sociodémographiques (âge, sexe)
    • Antécédents personnels et familiaux (drépanocytose, cardiopathies, consanguinité, HTA, etc.)
    • Mode de début et circonstances de survenue des symptômes
    • Résultats des explorations paracliniques (électrocardiogramme, échographie cardiaque, échodoppler des troncs supra-aortiques, bilan biologique (Numération Formule Sanguine, l’électrophorèse de l’hémoglobine et la sérologie VIH))
  • Variables dépendantes (issues et résultats) :
    • Type d’AVC (ischémique ou hémorragique)
    • Territoire cérébral atteint (artères cérébrales moyennes, autres)
    • Manifestations cliniques (déficit moteur, troubles du langage, crises convulsives, etc.)
    • Modalités de prise en charge (délai, traitement antiagrégant ou anticoagulant, rééducation)
    • Évolution (favorable, complications, décès)

Résultats

Durant la période d’étude, 34 patients ont été hospitalisés pour AVC et sont donc rentrés dans notre étude. Nos résultats ont porté sur ces 34 patients hospitalisés. La moyenne d’âge des patients était de 7,68 ± 1,49 ans avec des extrêmes de 23 mois et de 15 ans. Vingt (58,82 %) patients étaient de sexe masculin et 14 de sexe féminin (41,18%) avec un sex-ratio Homme/Femme (H/F) de 1,43. Les antécédents personnel des patients ont été rapportés dans le tableau 1. Dix (29,41%) patients avaient des antécédents familiaux notamment 6 cas de présence de traits drépanocytaire, 2 cas de consanguinité et 1 cas d’hypertension artérielle. Selon le motif de consultation, nous avons noté 14 cas de déficit moteur hémicorporel, 11 cas de troubles de la marche, 5 cas de crises convulsives ainsi que 4 cas d’asymétrie faciale. La majorité des symptômes sont survenue brutalement chez 23 patients (67,65%) et rapidement progressif chez 11 patients (32,35%). Les données de l’examen clinique, ont été rapportées dans le tableau II. La tomodensitométrie cérébrale a permis de rapporter un AVC ischémique (AVCI) chez 28(82,35 %) patients et un AVC hémorragique (AVCH) chez 6 (17,65 %) patients. Les territoires de l’artère cérébrale moyenne (ACM) étaient les plus touchés chez 25(73,53%) patients.  L’électrocardiogramme a été réalisé chez 10 (29,40%) patients et avait mis en évidence chez un patient un bloc de branche incomplet droit tandis que l’échographie cardiaque réalisée chez 9 (26,47%) patients, révélait une tétralogie de Fallot chez 1 (2,94%) patient et chez 1 (2,94%) une persistance du canal artériel avec un remodelage concentrique du ventricule gauche et chez 1 (2,94%) une communication interventriculaire chez un patient. L’échographie des troncs supra-aortiques (EDTSA) réalisée chez 4 (11,76 %) patients, n’a objectivé aucune anomalie. Les anomalies notables du bilan biologique ont été une drépanocytose SS chez 3(2,94%) patient, une séropositivité au VIH1 chez 1(2,94%) patient et une tuberculose neuroméningée chez 1(2,94%) patient. La durée moyenne d’hospitalisation était 9,43 jours avec des extrêmes de 3 et 25 jours. Quinze (44,11%) patients ont été pris en charge avant les 24 premières heures suivant le début des symptômes et 19 (55,88%) patients au-delà des 24 heures. La moitié des patients a bénéficié d’un traitement à base d’antiagrégant plaquettaire et 3 (8,82 %) patients ont bénéficié d’un traitement anticoagulant.  Enfin, plus de la moitié des patients a bénéficié de la rééducation dont 20 (58,82 %) patients ont bénéficié d’une rééducation kinésithérapique et 9 (26,47%) patients ont eu recours aux soins orthophoniques. L’évolution a été favorable chez 24 patients (61,76 %), 10 (29,41%) patients ont présenté des complications et 3 (8,82%) patients sont décédés. Les étiologies des AVC en pédiatrie ont été rapportées dans le tableau III.

Discussion

Il serait réducteur de considérer notre étude comme représentative de l’ensemble des AVC pédiatriques au Togo. En effet, la rareté des services de neurologie au Togo (3 services) crée de fait un effet centripète mais limitatif de l’accès des populations aux soins neurologiques, surtout celles très éloignées desdits centres. En outre, notre étude a porté sur 34 cas d’AVC dans les CHU du Togo. Le fait que la totalité des soins soit exclusivement à la charge des patients, il n’est pas exclu que certains patients avec un diagnostic présomptif n’aient pas pu honorer la tomodensitométrie cérébrale et donc aient été exclus de notre étude. Enfin, le caractère rétrospectif avec comme difficultés d’archivage et de conservation des dossiers médicaux nuit à l’exhaustivité de notre étude.

Dans notre série, la moyenne d’âge des patients était de 7,68 ± 1,49 ans avec des extrêmes de 23 mois et de 15 ans. Cette moyenne est superposable à celle de Thiam et al. au Sénégal en 2022 qui avaient rapporté un âge moyen de 7,7 ans avec des extrêmes de 7 mois et 18 ans (16), ainsi qu’à Tohodjèdé et al. au Bénin en 2018 (17) qui ont rapporté 8 ans avec des extrêmes de 12 mois et 15 ans.

La drépanocytose est l’antécédent personnel le plus retrouvé avec un effectif de 14 patients (41,18 %). Ce résultat est similaire à celui de Tohodjèdé et al. au Bénin en 2018 qui avaient également noté une prédominance de la drépanocytose, tout comme rapporté par Mbaye et al. en 2021 (11) à Dakar et par Thiam et al. en 2022 à Ziguinchor au Sénégal (16). La drépanocytose comme principal antécédent pourrait s’expliquer par un contexte épidémiologique sous-régional marqué par une forte prévalence de la drépanocytose (4). Dans la littérature sous-régionale, après la drépanocytose, les cardiopathies occupent une place quasi-permanente au tableau des antécédents personnels (3,11,16,17). Notre étude ne déroge donc pas à cette règle. Par ailleurs, le déficit moteur hémicorporel et les troubles de la marche ont constitué les principales circonstances de découverte des AVC dans notre étude soit respectivement dans 41,18 % et 32,35 % des cas. Le déficit moteur est souvent évoqué isolément mais il est parfois associé à d’autres signes dont particulièrement l’hyperthermie et/ou les crises convulsives. Tout ceci est corroboré par les données de la littérature en ce qui concerne les spécificités des AVC pédiatriques surtout avant 10 ans puisqu’après 10 ans les AVC pédiatriques tendent à ressembler à ceux des adultes (10,13).

En effet, ces derniers sont marqués par une grande fréquence du déficit moteur accompagné souvent d’une hyperthermie d’origine centrale et de crises convulsives qualifiées d’inaugurales (8). Tohodjèdé et al. au Bénin en 2018 et Thiam et al. au Sénégal en 2022 corroborent également ces faits (16,17). Nitusgau en Guadeloupe en 2017 (15), Mbaye et al. au Sénégal en 2021 (11) et Bandzouzi et al. en République du Congo en 2021 (3) n’avaient pas noté d’hyperthermie (3,11,15). Si l’hyperthermie n’a pas fait l’unanimité dans la littérature, tout amène à conclure que les crises seraient quasi-permanentes. Kolié et al. en Guinée Conakry en 2024 ont noté comme principaux motifs de consultation les crises convulsives et la fièvre (9). La survenue des AVC était brutale dans la majorité des cas (67,65 %) de notre série. Ce résultat est superposable à ceux de Tohodjèdé et al. au Bénin en 2018 et Bandzouzi et al., en République du Congo en 2021 (3,17). Mbaye et al. au Sénégal rapportent par contre 5,5 % (11) de survenue rapidement progressive contre 32,35 % pour notre série. Cela traduirait la coexistence des modes de survenue brutal et progressif en pédiatrie avec prédominance du mode de survenue brutale. Les troubles du langage ont été retrouvés chez 25 patients (73,53 %) dans notre étude. Ces derniers étaient essentiellement l’aphasie motrice dans 18 cas (52,94 %) et la dysarthrie dans sept cas (20,59 %). Ce résultat est loin de celui trouvé par Tohodjèdé et al. au Bénin en 2018 soit 12,50 % des patients (17) mais assez proche de celui trouvé par Bandzouzi et al. en République du Congo en 2021 soit 53 % des patients (3). En outre, la tomodensitométrie (TDM) cérébrale était l’examen de diagnostic positif et topographique réalisé par tous les patients inclus dans notre étude. Ce fut le cas chez Bandzouzi et al. en République du Congo en 2021 (3), Thiam et al. au Sénégal en 2022 (16), Kolié et al. en Guinée Conakry en 2024 (9). Nous avons ainsi retrouvé un AVCI chez 28 patients (82,35 %) et un AVCH chez six patients (17,65 %). Ce résultat est superposable à ceux de Nitusgau en Guadeloupe en 2017 (15), Tohodjèdé et al. au Bénin en 2018 (17), Bandzouzi et al. en République du Congo en 2021 (3), Mbaye et al. au Sénégal en 2021 (11), Thiam et al. au Sénégal en 2022 (16) et Kolié et al. en Guinée Conakry en 2024 (9) qui avaient une prédominance de l’AVCI selon respectivement les pourcentages suivants : 69,57 %, 68,75 %, 94,12 %, 83,75 %, 81,30 %, et 86,84 % (7,9,13,16). Les territoires de l’artère cérébrale moyenne (ACM) étaient les plus touchés (73,53 %). Ce résultat est superposable à celui de Bandzouzi et al. en République du Congo en 2021 (3) qui avaient trouvé une prédominance de l’ACM dans 81,30 % des cas. Tohodjèdé et al. au Bénin en 2018 avaient noté une atteinte de l’ACM dans 100 % des cas (17). Les cardiopathies retrouvées dans notre étude sont représentées par une tétralogie de Fallot, une communication interventriculaire (CIV) ainsi que la persistance du canal artériel à l’échographie. Aucune anomalie sur les axes vasculaires à destination cérébrale n’a été retrouvée à l’échodoppler des troncs supra-aortiques (EDTSA). Bandzouzi et al. en République du Congo en 2021 (3) avaient noté comme étiologies principales les cardiopathies emboligènes et les causes hématologiques. Chez 7 (20,59 %) patients, aucune cause n’était déterminée. Il s’agissait de 6 patients victimes d’AVCH et un d’AVCI. Ce taux pourrait s’expliquer par une limitation des explorations du fait que la totalité des soins et actes soient à la charge des patients et/ou de leur famille. Enfin, la prise en charge a associé en majorité un antiagrégant plaquettaire à la rééducation fonctionnelle. Aucune indication chirurgicale n’a été posée chez nos patients. Kolié et al. en Guinée Conakry en 2024 (9) avaient notifié une indication de chirurgie chez neuf patients (23,68 %) à savoir : deux cas d’hémorragie méningée post-traumatique, deux cas d’hydrocéphalie, deux cas d’abcès cérébral, un cas d’hémorragie méningée, deux cas d’astrocytome pilocytique. Sept ont été opérés et les deux derniers ont préféré l’indigénat (9). Nitusgau en Guadeloupe en 2017 avait noté un traitement fait d’antiagrégants plaquettaires chez tous les patients victimes d’infarctus cérébral et un traitement chirurgical dans quatre cas (17,39 %) (15). Au Bénin, Tohodjèdé et al. en 2018 ont noté un déficit moteur dans 100 % des cas, tous ont donc bénéficié d’une rééducation fonctionnelle (17). Après une hospitalisation de 9,43 jours, l’évolution a été favorable dans la majorité des cas (61,76 %), ce qui fut également observé par Bandzouzi et al. en République du Congo en 2021 (3). Kolié et al. en Guinée Conakry en 2024 avaient rapporté une évolution favorable dans 44,74 % des cas (9). Trois décès (8,82 %) ont été enregistrés dans notre étude. Ce résultat est superposable à celui de Thiam et al. à Ziguinchor au Sénégal en 2022, qui avaient rapporté deux décès soit 12,50 % des patients (16).

Conclusion

Les AVC pédiatriques constituent une entité particulière d’accident vasculaire survenant sur des êtres en développement. Ils sont spécifiques aussi bien sur le plan épidémiologique que sur le plan étiologique. Il s’avère important de les dissocier des AVC des adultes et de les reconnaitre afin d’éviter toute errance diagnostique.

ÉTIOLOGIES ET DÉTERMINANTS DES ÉTATS INFECTIEUX CHEZ LES PATIENTS HOSPITALISÉS AU CENTRE DE RÉFERENCE PSYCHIATRIQUE A LIBREVILLE EN 2024 -2025

INTRODUCTION

Un état infectieux se définit comme l’ensemble des manifestations cliniques et biologiques résultant de l’invasion de l’organisme par un agent pathogène, virus, bactérie, parasite ou champignon, et de la réponse immunitaire qui en découle (10,14). Lorsqu’il survient au cours d’une hospitalisation, sans être présent ni en incubation à l’admission, il est qualifié d’infection nosocomiale ou d’infection associée aux soins (1,11).

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, sur 100 patients hospitalisés, 7 dans les pays à revenu élevé et 15 dans les pays à revenu faible ou intermédiaire contractent au moins une infection associée aux soins, et un patient sur dix en décède en moyenne (12). En Afrique, la prévalence des infections nosocomiales varie de 10 à 60 % (13), avec 16 % en Côte d’Ivoire (7), 34,5 % en République Démocratique du Congo (8), 54,9 % au Sénégal (2) et 9,6 % au Maroc (9).

Dans les établissements psychiatriques, bien que moins fréquentes (prévalence de 0,9 %) (4), les infections associées aux soins restent sous-estimées. Elles surviennent pourtant dans un contexte où les patients présentent plusieurs facteurs de vulnérabilité : durées d’hospitalisation prolongées, comorbidités somatiques peu explorées, hygiène parfois difficile à maintenir et accès limité à des moyens diagnostiques et thérapeutiques adaptés (5,6).

Au Centre National de Santé Mentale (CNSM) de Libreville, des états infectieux sont régulièrement observés durant l’hospitalisation. Toutefois, les capacités diagnostiques demeurent limitées en raison du plateau technique réduit, ne permettant la réalisation que d’un nombre restreint d’analyses biologiques ni la prise en charge de cas complexes. Cette situation complique la détection précoce, la prévention efficace et la gestion appropriée des infections.

Dans ce contexte, la présente étude, dont l’objectif était de déterminer les étiologies et les facteurs associés aux états infectieux chez les patients hospitalisés au CNSM, vise à contribuer à l’amélioration durable des conditions d’hospitalisation et de la qualité des soins chez les patients souffrant de troubles mentaux.

Objectifs spécifiques

  • Décrire les caractéristiques sociodémographiques des patients ayant présenté un état infectieux.
  • Déterminer la fréquence hospitalière des états infectieux.
  • Rechercher les principales étiologies responsables.
  • Identifier les déterminants associés

METHODES

Il s’agissait d’une étude descriptive transversale réalisée du 1er novembre 2024 au 31 mai 2025 au centre national de santé mentale situé dans le 6e arrondissement de Libreville.

Ont été inclus dans notre étude :

  • Tous les patients hospitalisés au CNSM durant la période d’étude ;
  • Patients présentant un état infectieux

N’ont pas été inclus, les patients dont les dossiers présentaient des informations incomplètes.

Définitions opérationnelles :

  • Etat infectieux : Toute température corporelle ≥ 38°C en cours d’hospitalisation associée à un argument clinique et/ou para-clinique soutenant un diagnostic d’infection.
  • Durée d’hospitalisation courte : séjour au sein de la structure < 21 jours.
  • Durée d’hospitalisation longue : séjour au sein de la structure ≥ 21 jours.

Les données étaient issues des registres d’hospitalisations, des dossiers des patients ainsi que des rapports mensuels du Centre National de Santé Mentale de Libreville. Elles ont été collectées manuellement à l’aide d’une fiche de collecte de données avec comme variables à étudier : âge, sexe, traitement psychiatrique reçu, délai de survenue de la fièvre en fonction de la date d’hospitalisation, réalisation d’analyses biologiques, diagnostics retenus, traitements administrés, évolution, durée d’hospitalisation, pavillon d’hospitalisation.

Les données ainsi collectées ont été retranscrites et encodées sur le logiciel Excel 2019 puis exportées et analysées avec le logiciel Epi Info 7.2.6.0. Le logiciel Word 2019 a été utilisé pour la rédaction.

Considérations éthiques

Cette étude a été conduite conformément à la Déclaration d’Helsinki. Aucune donnée nominative de patient n’a été utilisée.

Le consentement éclairé a été obtenu auprès de tous les participants ou de leurs représentants légaux.

RESULTATS

Sur les 203 patients hospitalisés durant la période d’étude, 18 ont présenté un état infectieux, soit une prévalence hospitalière de 8,9 %. La tranche d’âge la plus représentée était celle de 24 à 34 ans (55,6 %), suivie des 15–24 ans (22,2 %). Les hommes constituaient la majorité des cas (77,8 %), et 66,7 % des patients infectés provenaient des pavillons masculins (Tableau I).

Concernant la durée d’hospitalisation, 77,8 % des patients ayant présenté un état infectieux avaient un séjour prolongé (≥ 21 jours). Les antipsychotiques étaient les traitements psychiatriques les plus fréquemment administrés (94,4 %).

La survenue de l’état infectieux en cours d’hospitalisation représentait 88,9 % des cas, et le délai médian d’apparition était de 18 jours (extrêmes : 2 à 52 jours). Le paludisme constituait l’étiologie la plus fréquente (83,3 %). Deux patients présentaient une diarrhée aiguë fébrile (11,1 %) et un patient une dermohypodermite bactérienne (5,6 %). Les prises en charge thérapeutiques incluaient un traitement antipaludique à base d’artéméther-luméfantrine dans 83,3 % des cas, ainsi que des antibiothérapies adaptées selon les diagnostics (Tableau II).

L’évolution clinique a été favorable pour l’ensemble des patients (100 %), sans cas défavorable enregistré.

DISCUSSION

La présente étude a permis d’évaluer la fréquence, les caractéristiques et les facteurs associés aux états infectieux chez les patients hospitalisés au Centre National de Santé Mentale (CNSM) de Libreville. Sur 203 patients, 18 ont présenté un état infectieux, soit une fréquence hospitalière de 8,9 %. Ce taux, inférieur aux prévalences rapportées dans les hôpitaux généraux (10 à 60 % selon l’OMS) (13) ainsi qu’à celles observées en Côte d’Ivoire (7), en République Démocratique du Congo (8) et au Sénégal (2), reste néanmoins notable pour une structure psychiatrique où les taux rapportés sont généralement plus faibles. Cependant, comme l’ont souligné Eveillard et al. (4), les difficultés diagnostiques dans ces milieux peuvent conduire à une sous-estimation des infections.

Au CNSM, plusieurs facteurs pourraient expliquer cette fréquence. D’une part, l’absence de mise à jour régulière des dossiers en cours d’hospitalisation peut entraîner un recensement incomplet. D’autre part, les limites du plateau technique, notamment l’insuffisance de matériel de surveillance clinique et les difficultés rencontrées par le laboratoire (manque de réactifs, délestages, délais prolongés des résultats), réduisent la capacité de diagnostic rapide et fiable. S’ajoutent à cela un personnel en sous-effectif et vieillissant, ce qui complique la surveillance continue des patients.

La survenue majoritaire des états infectieux en cours d’hospitalisation pourrait être liée à la durée prolongée des séjours, aux conditions d’hygiène parfois précaires et à la promiscuité observée dans certains pavillons. Les pavillons masculins (E, F et G) concentraient 66,7 % des cas, ce qui pourrait s’expliquer par des conditions d’hébergement moins favorables et une hygiène plus difficile à maintenir que dans les pavillons féminins. De plus, leur caractère plus ouvert expose davantage les patients aux piqûres de moustiques.

La tranche d’âge dominante (24–34 ans) est cohérente avec les données sociodémographiques des usagers du CNSM rapportées dans l’étude de Dopé et al. (3). L’étiologie prédominante, le paludisme (83,3 %), reflète l’endémicité élevée de la maladie au Gabon (3). Ce résultat contraste avec les données de Kakupa et al. (8), où les infections bactériennes dominaient. Cette divergence pourrait s’expliquer par les particularités structurelles : dans l’étude de Kakupa, les infections étaient principalement liées aux soins, tandis qu’au CNSM, elles semblent davantage liées à l’environnement immédiat. En effet, la présence de végétation dense et de zones d’eau stagnante à proximité des pavillons favorise la prolifération des moustiques, vecteurs du paludisme.

Un traitement antipaludique à base d’artéméther-luméfantrine a été administré pendant trois jours dans 83,33 % des cas, avec une évolution favorable dans la totalité des situations observées. Il en a été de même pour les antibiothérapies prescrites dans la dermohypodermite aiguë bactérienne et dans les deux cas de diarrhée aiguë fébrile, dont l’évolution a été satisfaisante respectivement sous amoxicilline–acide clavulanique, et sous ceftriaxone associée à la gentamicine, accompagnée d’une réhydratation pendant sept jours.

Ces résultats montrent que, malgré les limites du plateau technique, la prise en charge des infections courantes, en particulier des accès palustres simples, peut être correctement assurée au CNSM. Par ailleurs, il convient de souligner la difficulté persistante de transférer les patients présentant des troubles mentaux vers les structures hospitalières générales.

CONCLUSION :

Les états infectieux demeurent fréquents en milieu hospitalier, et leur prévalence apparaît sous-estimée dans les structures psychiatriques en raison des capacités diagnostiques limitées. Au Centre National de Santé Mentale, les patients les plus touchés étaient majoritairement des hommes âgés de 24 à 34 ans, avec une prédominance d’hospitalisations prolongées. Le paludisme constituait la principale étiologie, reflétant l’endémicité régionale. Les conditions d’hospitalisation, la promiscuité et l’environnement immédiat semblent également contribuer à la survenue des infections.

Le renforcement des mesures de prévention, l’assainissement de l’environnement, la démoustication périodique, la distribution de moustiquaires imprégnées ainsi que la sensibilisation du personnel soignant et d’entretien à l’hygiène hospitalière constituent des actions prioritaires. Par ailleurs, des études menées sur une période plus longue permettraient d’approfondir l’analyse des déterminants des états infectieux sévères et d’améliorer leurs modalités de prise en charge au CNSM.

CONFLITS D’INTERET

Les auteurs déclarent ne pas avoir reçu de financement pour cette étude.

Légende : Le tableau décrit le moment de survenue des infections, les principaux diagnostics retenus, les traitements administrés (antipaludiques ou antibiotiques) ainsi que l’évolution clinique. Les effectifs (n) et pourcentages (%) sont fournis pour chaque modalité. Le délai médian de survenue est exprimé en jours.

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    ISSN: 1992-2647