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PRONOSTIC DES APHASIES POST-AVC APRES TROIS MOIS D’EVOLUTION SPONTANEE A ABIDJAN (CÔTE D’IVOIRE)

INTRODUCTION

L’aphasie est définie comme une perte partielle ou totale du langage consécutive à une lésion cérébrale siégeant dans l’hémisphère dominant, le plus souvent le gauche. Elle affecte l’expression orale, la compréhension, la lecture et l’écriture, sans altérer les capacités intellectuelles ou psychiques du patient. Après un AVC, l’aphasie constitue l’un des déficits neurologiques les plus fréquents et les plus invalidants, impactant fortement la qualité de vie des patients et de leurs proches. (3,4,8)

La récupération de l’aphasie post-AVC est imprévisible, car elle dépend de multiples facteurs : caractéristiques cliniques de l’AVC, profil démographique, accès aux soins et surtout neuroplasticité cérébrale(9). L’orthophonie a montré un grand intérêt dans la prise en charge. Cependant dans les pays à ressources limités comme le nôtre, il existe un accès limité à ce type de rééducation.(16) De plus, peu d’études africaines se sont intéressées au pronostic des aphasies, d’où la pertinence de cette recherche dont l’objectif est de déterminer les éléments pronostics de récupération spontanée des aphasies post-AVC.

METHOLOGIE

Il s’est agi d’une étude prospective, descriptive et analytique réalisée sur six mois (avril–septembre 2022) dans les services de neurologie des CHU de Treichville et Cocody.

Population :

  • Patients présentant une aphasie en phase aiguë d’AVC confirmé par imagerie cérébrale.
  • Inclusion après évaluation initiale par le Language Screening Test (LAST).
  • Réévaluation systématique à trois mois, en l’absence de prise en charge orthophonique.

Analyse statistique : Les données ont été analysées à l’aide du logiciel SPSS version 16.0. Une analyse univariée a permis de décrire les caractéristiques sociodémographiques et cliniques des patients. Les variables qualitatives ont été exprimées en effectifs et pourcentages et les variables quantitatives en moyenne ± écart-type. Une analyse bivariée a ensuite été réalisée afin d’étudier les facteurs associés à l’évolution de l’aphasie. Les comparaisons ont été réalisées à l’aide du test du χ² pour les variables qualitatives et du test de Student pour les variables quantitatives. Le seuil de significativité a été fixé à p < 0,05.

Considérations éthiques : Le consentement libre et éclairé de chaque patient ou de son représentant légal a été préalablement obtenu. La confidentialité des données et l’anonymat des patients ont été assurés. Une autorisation des chefs de service de neurologie des CHU de Treichville et Cocody a été également obtenue avant de commencer l’étude.

RESULTATS

Seize patients dont 11 de sexe masculin (sex-ratio H/F = 2,2) ont été retenus pour cette étude. L’âge moyen était de 56 ans ± 13 ans avec des extrêmes de 35 et 76 ans. Après 3 mois d’évolution spontanée post-AVC, une amélioration du langage a été observée chez 15/16 patients. (Tableau I)

Le score total du LAST après 3 mois était significativement supérieur à celui de la phase aigüe (p =0,001). (Figure 1).

L’expression orale a évolué favorablement (p=0,008) notamment sur la dénomination (p=0,004) et la répétition (p=0,01) ainsi que la compréhension orale (p=0,02) portant sur ses différentes composantes (désignation, p=0,02 et exécution d’ordre, p=0,02). Par ailleurs, l’évolution semble meilleure chez les patients de sexe masculin (p=0,04), les non scolarisés (p=0,01), les hypertendus (p=0,04), les patients sans trouble de la conscience (p=0,01), ceux avec un score NIHSS sévère (p=0,02) et chez les patients victimes d’un AVC ischémique (p=0,02). En revanche, l’âge n’influençait pas significativement l’évolution. (Tableau II)

DISCUSSION

L’objectif de cette étude était de déterminer les facteurs pronostiques de la récupération spontanée des aphasies post-AVC après trois mois d’évolution. Les résultats montrent qu’une récupération spontanée du langage est observée chez la majorité des patients, avec une amélioration significative du score total au Language Screening Test (LAST). Par ailleurs, plusieurs caractéristiques sociodémographiques et cliniques, notamment le sexe masculin, l’absence de scolarisation, l’hypertension artérielle, l’absence de troubles de la conscience, un score NIHSS initial sévère et l’AVC ischémique, étaient associées à une meilleure récupération dans notre série.

Nos résultats corroborent les données de la littérature concernant l’amélioration spontanée de l’aphasie au cours des trois premiers mois suivant un AVC, particulièrement au niveau de l’expression et de la compréhension orales. Cette évolution favorable témoigne des mécanismes de plasticité cérébrale qui caractérisent la phase précoce de récupération neurologique (6)

Par ailleurs, la récupération du langage après un AVC chez les patients aphasiques dépend de multiples facteurs propres au patient et aux caractéristiques de l’AVC.(9)

La récupération du langage après un AVC dépend toutefois de nombreux facteurs liés au patient et aux caractéristiques de la lésion cérébrale (10). Dans notre étude, les hommes présentaient une meilleure récupération langagière que les femmes. Ce résultat diffère des données de la littérature, qui rapportent essentiellement une association entre le sexe et le risque ou l’incidence de l’aphasie post-AVC, sans mettre clairement en évidence une influence sur la récupération elle-même.(5) Cette différence pourrait être liée à la faible taille de notre échantillon.

Concernant la sévérité initiale, elle constitue classiquement l’un des principaux facteurs pronostiques. Or, contrairement aux grandes séries où un NIHSS sévère est plutôt un facteur de mauvais pronostic (1), notre étude a trouvé une évolution plus favorable dans ce groupe. Cette observation pourrait s’expliquer par un biais d’échantillonnage ou par une prise en charge hospitalière plus intensive et précoce des patients les plus sévèrement atteints.

En outre, la topographie lésionnelle joue un rôle majeur. En effet, les atteintes limitées au territoire de l’artère cérébrale moyenne gauche, notamment frontales et temporales, sont associées à une meilleure récupération, comme le montre notre étude, tandis que les lésions corticales étendues ou profondes (capsule interne, thalamus) présentent un pronostic moins favorable. Ces observations sont concordantes avec celles rapportées dans la littérature (9)

Concernant le niveau d’instruction, plusieurs études suggèrent qu’un niveau scolaire élevé favorise la récupération grâce à une meilleure réserve cognitive et à une plus grande plasticité cérébrale(7). A l’inverse, dans notre étude, les meilleurs résultats ont été observés chez les patients non scolarisés. Cette différence pourrait refléter le profil socioéconomique des patients hospitalisés dans les centres de santé publics. (2)

Par ailleurs, la présence d’une hypertension artérielle (HTA) semblait contribuer à une meilleure récupération langagière. Alors que la littérature décrit généralement l’HTA comme un facteur péjoratif, probablement en raison de la microangiopathie chronique qu’elle induit (13). Ce paradoxe pourrait s’expliquer par un biais d’échantillonnage et par un meilleur suivi de ces patients, favorisant leur récupération fonctionnelle.

Enfin, dans notre série, les patients ayant présenté un AVC ischémique ont montré une meilleure récupération langagière (p = 0,02) que ceux ayant un AVC hémorragique. Ce résultat est cohérent avec les observations de Seo KC et al., qui rapportaient une récupération fonctionnelle et cognitive plus favorable après un AVC ischémique. (10) Cette différence pourrait être liée à la persistance d’une zone de pénombre ischémique susceptible de favoriser les phénomènes de réorganisation cérébrale.

En revanche, l’âge n’était pas significativement associé à la récupération dans notre étude, contrairement à certaines publications. Cette divergence pourrait s’expliquer par le faible effectif de notre série. De plus, la variabilité des outils d’évaluation (LAST, Boston Diagnostic Aphasia Examination, Western Aphasia Battery…) et des délais de suivi (deux semaines à plusieurs années) rend les comparaisons entre études parfois difficile [8;9;10].

Dans l’ensemble, nos résultats apportent des données préliminaires sur les facteurs associés à la récupération spontanée de l’aphasie post-AVC dans notre contexte. Toutefois, ces résultats doivent être interprétés avec prudence en raison du faible effectif de l’étude et de l’absence d’analyse multivariée, qui ne permettent pas d’identifier les facteurs pronostiques indépendants et limitent la généralisation des résultats. Des études multicentriques incluant un plus grand nombre de patients, un suivi prolongé et une analyse multivariée seraient nécessaires afin de confirmer ces observations et de mieux préciser les facteurs pronostiques de récupération de l’aphasie post-AVC.

CONCLUSION

Au terme de cette étude, une récupération spontanée significative du langage a été observée chez la majorité des patients présentant une aphasie post-AVC au cours des trois premiers mois d’évolution. Plusieurs caractéristiques sociodémographiques et cliniques étaient associées à une meilleure récupération dans notre série. Ces résultats contribuent à une meilleure connaissance du pronostic des aphasies post-AVC en Côte d’Ivoire. Toutefois, l’amélioration spontanée ne doit pas retarder la mise en œuvre d’une prise en charge orthophonique précoce, indispensable pour optimiser la récupération fonctionnelle et prendre en charge les déficits résiduels.


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